La grève de Porz Doun est en plein sud-ouest, face au phare de la Jument, et à l’extrémité de la pointe de Feunteun Velen.
Cette anse continuellement roulée par la houle et balayée par les vents, n’offre aucun abri possible.
Étant dépourvue de la moindre vasière, il ne devrait s’y trouver que peu d’échassiers, pourtant c’est l’inverse.
L’endroit est toujours visité par des oiseaux, ils y trouvent là une abondante source de nourriture, surtout des moucherons et autres puces de mer, il faut dire que le monticule d’algues pourrissant sur la grève est survolé par une importante nuée de petits insectes en tout genre.
A marée basse, la mer découvre très loin et au-delà du vapeur dont il ne reste que les deux chaudières.
Sur ces dalles disjointes et chaotiques, couvertes d’algues glissantes, il est rare de voir d’autres personnes que des pêcheurs de petit goémon, car l’on y est jamais stable.
A marée haute, les vagues se brisent sur les goémons en décomposition, faisant ainsi ressortir des effluves nauséabonds. Les légers bécasseaux picorent ainsi leur nourriture sur ces îlots flottants au gré du ressac et des brisants.
Ces éléments en font un endroit propice pour les oiseaux de rivage, elle est une des rares grèves où ils peuvent trouver la quiétude. C’est ainsi le paradis pour les courlis, barges, huitriers, chevaliers, tournepierres, bécasseaux et parfois quelques autres à la recherche de protéine en abondance sur le chemin migratoire.
Jean-Yves et Yann y sont installés, assis et bien calés contre des gros galets, ils cherchent ce rare bécasseau semi-palmé dans cette vaste monochromie, en les observant tous un à un.
Ces deux sarthois d’origine ont la complicité de centaines d’heures d’observation, peu de mots suffisent. Les noms d’oiseaux deviennent des abréviations, tel bv, pour bécasseau variable, quelques fois les termes chevalier, bécasseau, ont disparus et il ne reste que le second nom, aboyeur, gambette, violet, minute voir semi-palmé etc…
Il suffit parfois qu’un des deux regarde dans une direction pour que l’autre, dans le seconde qui suit, en fasse autant et tombe sur le même oiseau.
L’œil rivé sur l’oculaire des puissantes longues-vues, aucun des deux n’observe ailleurs avant d’avoir trouvé l’oiseau. Pour l’un comme pour l’autre, l’identification équivaut à la découverte d’une espèce nouvelle, c'est-à-dire, dans le jargon ornithologique, à une coche sur la liste du guide « Peterson ».
Fondu dans le paysage, Jean-Yves et Yann ne sont plus une crainte pour les échassiers qui eux, sont en perpétuelle recherche de nourriture.
Dans le clame de la grève, une voie éclate :
- Yann, je crois que je l’ai
Yann regarde la longue-vue de Jean-Yves et aussitôt, cale la sienne dans la même direction.
- Dès que tu auras une barge rousse, tu me fais signe, dit Jean-Yves.
- Ok, c’est bon répondit Yann.
- Sous elle, à gauche tu as trois tournepierre.
- J’ai.
- Devant ceux-ci, tu as des bv, à droite, un juv.
- J’ai.
- Regarde bien, juste devant, tu as un rocher… tu dois avoir une tête…le semi-palmé est en contre bas, derrière.
- Tu as une rieuse qui marche vers lui, regarde bien…top, dit-il fermement.
- Ok, Jean-Yves, c’est bon, je l’ai, certes ce n’est pas un minute.
- D’après-toi Yann !?
Le ton de Jean-Yves cherche une confirmation, Yann sceptique dit :
- Encore un peu difficile, il faudrait voir les pattes. Jean-Yves je lâche, je sors les guides.
- Ok
Cela aussi est un automatisme entre les deux, prévenir l’autre lorsque l’un quitte l’observation afin de ne pas risquer de perdre un oiseau.
Yann ouvre donc les deux guides aux pages correspondantes, bien qu’amateur averti, il a le souci du professionnel, il est pointilleux, ne laissant rein au hasard, ne se contentant pas d’un petit rien pour en faire un tout, il a l’approche rigoureuse, scientifique.
- je reprends….dit-il.
- Ok, répondit Jean-Yves.
Après un long moment, le bécasseau se pose sur un gros galet rond, les pattes bien en évidence.
Il y a parfois des instants de chance, voir de magie, c’est toujours un cadeau malgré les heures de patience et de ténacité.
- c’est bien lui.
- Magnifique rajoute Jean-Yves.
- Les palmures sont nettes, dit Yann…aucun doute possible, la semaine commence bien.
Yann relève l’œil de la longue-vue et hilare tend la main à Jean-Yves et lui dit :
- Aller tape.
Jean-Yves toute aussi joyeux, frappe la main de Yann puis tourne la sienne pour une seconde frappe.
Le regard de Yann est soudainement attiré par l’arrivé d’un cycliste. Jean-Yves se retourne, se lève doucement et dit :
- C’est Muriel, quelle chance ! et ajoute
- Nous l’avons vue sur le bateau.
- Oui, Oui, je me rappelle….
mardi 16 octobre 2012
6 - Vivre ma passion
Le rythme soutenu me fait mal dans les cuisses, et pourtant je ne veux pas ralentir. La succession des petites côtes et des longs faux plats ne me permet pas de reprendre mon souffle, je continue à pédaler vigoureusement, je veux absolument l’observer.
Yvon m’a dit de faire vite car c’est la première fois qu’il est vu en France. J’éprouve une excitation particulière de découvrir un oiseau qui ne l’a encore jamais été sur Ouessant. Bien que la marée soit avec moi, je suis anxieuse.
J’arrive sur Ty Korn, ce sera plus facile malgré le chemin de terre en longue et douce descente. Je tiens fermement le guidon, j’évite les ornières, enfin j’arrive. Au loin, j’aperçois deux vélos couchés sur l’herbe, Je pense à Jean-Yves, à peine arrivée, je couche le vélo, m’approche doucement, ils sont là.
Je comprends leurs signes, ils m’indiquent l’oiseau, mais aussi de me courber. J’enlève mon sac à dos pour préparer mon matériel optique,
- Ou est-il ?
- Tu le sais déjà ? demande Jean-Yves.
- Oui j’ai vu Yvon à la boulangerie
- Ne sort pas ta longue-vue, il est là… Il m’invite à regarder dans le sienne.
- Non, non, ne me dit rien, je veux le trouver toute seule, dis-je à mi-voix.
Après m’être installée le plus doucement possible afin de ne pas provoquer l’envol général, je me mis à observer tous les limicoles.
- Je crois bien que c’est lui sur le galet
- Ok c’est bon, Muriel.
- Tu as vraiment de la chance, cela fait bien deux minutes qu’il est là sans bouger à se toiletter… et son copain rajoute.
- Tu vois la flaque d’eau à gauche ? il me montre en haut de la grève une minuscule baignoire formée sur le galet.
- Il est venu là, à quatre mètres de nous.
J’affine la mise au point, je regarde le grossissement, 20 fois, je demande à Jean-Yves,
- As-tu un 40 pour les palmures ?
- N’exagère pas, Muriel, c’est bien assez me répond t-il !
- Tu ne veux pas qu’il ai des pattes de canard ! me répond son Copain
- Tu t’appel comment ? lui dis-je
- Yann
- Yann, lui dis-je, je ne fais pas de la coche de raccroc. !
- Que fais-tu, tu coches ? me dit Jean-Yves.
- Je pense bien, c’est ma 250e
- En France ! dit Yann
- Non, sur Ouessant.
- 250 ici.. ! ce n’est pas possible
- Et oui c’est possible.
- Je n’ai pas vu autant d’espèce en France, dit Yann.
- J’ai eu mon premier Peterson à 8 ans et j’ai commencé avec Mr Julien, et ses bagueurs, puis Yvon et j’habite ici quand même.
- Et combien, d’espèce en France ?
- Je ne les compte que sur Ouessant, J’ai commencé par faire une croix à chaque fois que je voyais un oiseau dans les camps de baguage, et puis un jour, ils me les ont comptées, tout bêtement.
- Et Yvon ? me demande Jean-Yves
- Je ne sais pas vraiment, mais comme il bague, il en a vu plus que moi, j’en suis certaine et puis, je crois qu’il ne veut pas les compter, ou il ne le dit pas.
- Mais toi tu les comptes, me fait Yann en souriant
- Bien sur, je me suis prise au jeu et je suis assez fière de battre les garçons, n’est-ce pas messieurs ! leur dis-je ironiquement
- Si tu nous fais la bise à chaque coche, on te pardonne fit Yann en riant.
- Oui, je vous dois bien celle là, mais pour les autres on verra.
Yann c’est levé le premier et me dit :
- Ok.
- Oh non, Yann ! tu as fais tout s’envoler, dit Jean-Yves en râlant….j’étais sur un minute.
- Bon tu l’a fais ta bise maintenant !
Surprise je dis à Jean-Yves, on l’a déjà vu ensemble, ne râle pas !
- Oui mais c’était peut-être autre chose, et c’est dans les minutes que l’on trouve des gags, dit-il sèchement… la preuve pour le semi-palmé.
Je pris Jean-Yves par la main, lui fit claquer un baiser sur les joues et je fis de même pour Yann.
M’étant éloignée, j’entends Yann dire : Sans rancune, et Jean-Yves répondit : Mais non..
En ronchonnant des paroles incompréhensibles.
- Vous êtes près à partir… on passe par Ty Korn, le champ de pomme de terre, et ensuite Ar Ru, c’est l’endroit idéal pour voir un guignard…
A peine avais-je fini ma phrase que je roule, vers le chemin de Porz Coret, une anse naturelle bien abritée, mais pas assez profonde pour ne faire un véritable port, néanmoins l’on peut y voir les traces d’un ancien abri de goémonier fait de galet.
Plus haut, dans la lande de bruyère, vers l’emplacement des ruines de la chapelle St Guennolé, l’on distingue la travée du four à goémon.
Aujourd’hui, il ne reste plus que le champ de Ty Korn pour révéler une activité humaine dans ce lieu.
Le temps que j’observe la coutumière aigrette garzette de Porz Coret, Jean-Yves et Yann sont à mes côtés.
Assis sur le vélo, un pied au sol, un coup de jumelles sur la grève, nous regardons et repartons et ainsi de suite, de quête en quête, toute l’anse est passée au crible.
Le chemin qui entoure cette grève est gazonneux, y rouler en vélo est plaisant, il conduit directement à la baie de Lampaul, en plein milieu, le Youc’h Korz, ce rocher gros comme un paquebot qui se serait échoué.
Jean-Yves et Yann me suivent contemplatifs et silencieux, cette partie de la côte sud de la baie offre la plus belle vue qui soit.
- On va jusqu'à Prat à pied ? demandais-je
- Alors on laisse les vélos ici, dit Yann
- Oui, on revient par la route et on fait Ty Korn.
- Ce sera long ?
- Une bonne demi-heure ; répondis-je.
- On fait vite car je commence à avoir faim ! réplique Jean-Yves.
Nous montons la butte pour observer la lande à bruyère. A peine avons-nous commencé à marcher qu’un courlis s’envole bruyamment, nous nous arrêtons net, n’ayant pas eu le temps de prendre les jumelles que celui-ci a déjà disparu en contrebas.
Être sur Ar Ru, c’est être sur une lande des Highlands lance Jean-Yves.
- Mais l’immensité en moins, lui dis-je
- Oui, mais c’est le même type de végétation malgré tout, et Yann rajoute
- Tu vois Muriel, tu as tout sur ton île !
- Et oui, presque tout pour être heureuse répondis-je avec désinvolture
Jean-Yves se retourne vers moi et me sourit, sans échanger de mots, nous nous comprenons du regard.
Nous marchons tous les trois, soit sur le chemin ou dans la lande, mais au plus près du rivage.
Je sens que mes deux compagnons sont plus attirés par la beauté du paysage que par la recherche des oiseaux.
La couleur de la mer est particulièrement belle, le bleu du ciel se reflète sur elle, les rayons du soleil ajoutent à cela la transparence du cristal, de notre hauteur, nous voyons clairement le fond, la baie se donne des airs de lagon.
Sur la côte en face, tout est plus lumineux, la pureté de l’air fait que le blanc des murs est encore plus blanc, le vert des champs encore plus intense, les couleurs des bateaux paraissent neuves, le bourg devient lumineux comme un village de pêcheurs grecs, c’est la vue que je préfère de mon île.
Marchant derrière moi, Yann me demande.
- Muriel si on s’arrêtait une minute !
- Bien sur.
Le regard fixé sur l’autre rive, il rajoute.
- Jean-Yves, lis le poème que tu m’as lu hier soir.
- Tu devrais plutôt le demander à Muriel, puisque c’est elle qui l’a écris.
Je dis à Jean-Yves,
- Ah bon, tu lis mes poèmes aux autres.
- C’était la meilleure façon de te présenter.
- Et de quelle façon, dit Yann
De sa poche, il sort mon poème, et lis :
Les couchants du Créac’h
Les soleils rasants
Le soir venu
Léchant les rochers
Donnent illusion
A des flammes
Sortant de l’océan
A des volcans
Endormis se réveillant
Pour lancer
Au firmament
Des flammèches d’argent
Donnant à Ouessant
Des nuits de rêve
Hors du temps.
Après un moment de silence gênée, j’explique pour Yann, que c’est dans le cadre du lycée que j’ai écrit ce poème, à l’entendre, je me suis demandé si c’était bien moi qui l’avais écrit.
Yvon m’a dit de faire vite car c’est la première fois qu’il est vu en France. J’éprouve une excitation particulière de découvrir un oiseau qui ne l’a encore jamais été sur Ouessant. Bien que la marée soit avec moi, je suis anxieuse.
J’arrive sur Ty Korn, ce sera plus facile malgré le chemin de terre en longue et douce descente. Je tiens fermement le guidon, j’évite les ornières, enfin j’arrive. Au loin, j’aperçois deux vélos couchés sur l’herbe, Je pense à Jean-Yves, à peine arrivée, je couche le vélo, m’approche doucement, ils sont là.
Je comprends leurs signes, ils m’indiquent l’oiseau, mais aussi de me courber. J’enlève mon sac à dos pour préparer mon matériel optique,
- Ou est-il ?
- Tu le sais déjà ? demande Jean-Yves.
- Oui j’ai vu Yvon à la boulangerie
- Ne sort pas ta longue-vue, il est là… Il m’invite à regarder dans le sienne.
- Non, non, ne me dit rien, je veux le trouver toute seule, dis-je à mi-voix.
Après m’être installée le plus doucement possible afin de ne pas provoquer l’envol général, je me mis à observer tous les limicoles.
- Je crois bien que c’est lui sur le galet
- Ok c’est bon, Muriel.
- Tu as vraiment de la chance, cela fait bien deux minutes qu’il est là sans bouger à se toiletter… et son copain rajoute.
- Tu vois la flaque d’eau à gauche ? il me montre en haut de la grève une minuscule baignoire formée sur le galet.
- Il est venu là, à quatre mètres de nous.
J’affine la mise au point, je regarde le grossissement, 20 fois, je demande à Jean-Yves,
- As-tu un 40 pour les palmures ?
- N’exagère pas, Muriel, c’est bien assez me répond t-il !
- Tu ne veux pas qu’il ai des pattes de canard ! me répond son Copain
- Tu t’appel comment ? lui dis-je
- Yann
- Yann, lui dis-je, je ne fais pas de la coche de raccroc. !
- Que fais-tu, tu coches ? me dit Jean-Yves.
- Je pense bien, c’est ma 250e
- En France ! dit Yann
- Non, sur Ouessant.
- 250 ici.. ! ce n’est pas possible
- Et oui c’est possible.
- Je n’ai pas vu autant d’espèce en France, dit Yann.
- J’ai eu mon premier Peterson à 8 ans et j’ai commencé avec Mr Julien, et ses bagueurs, puis Yvon et j’habite ici quand même.
- Et combien, d’espèce en France ?
- Je ne les compte que sur Ouessant, J’ai commencé par faire une croix à chaque fois que je voyais un oiseau dans les camps de baguage, et puis un jour, ils me les ont comptées, tout bêtement.
- Et Yvon ? me demande Jean-Yves
- Je ne sais pas vraiment, mais comme il bague, il en a vu plus que moi, j’en suis certaine et puis, je crois qu’il ne veut pas les compter, ou il ne le dit pas.
- Mais toi tu les comptes, me fait Yann en souriant
- Bien sur, je me suis prise au jeu et je suis assez fière de battre les garçons, n’est-ce pas messieurs ! leur dis-je ironiquement
- Si tu nous fais la bise à chaque coche, on te pardonne fit Yann en riant.
- Oui, je vous dois bien celle là, mais pour les autres on verra.
Yann c’est levé le premier et me dit :
- Ok.
- Oh non, Yann ! tu as fais tout s’envoler, dit Jean-Yves en râlant….j’étais sur un minute.
- Bon tu l’a fais ta bise maintenant !
Surprise je dis à Jean-Yves, on l’a déjà vu ensemble, ne râle pas !
- Oui mais c’était peut-être autre chose, et c’est dans les minutes que l’on trouve des gags, dit-il sèchement… la preuve pour le semi-palmé.
Je pris Jean-Yves par la main, lui fit claquer un baiser sur les joues et je fis de même pour Yann.
M’étant éloignée, j’entends Yann dire : Sans rancune, et Jean-Yves répondit : Mais non..
En ronchonnant des paroles incompréhensibles.
- Vous êtes près à partir… on passe par Ty Korn, le champ de pomme de terre, et ensuite Ar Ru, c’est l’endroit idéal pour voir un guignard…
A peine avais-je fini ma phrase que je roule, vers le chemin de Porz Coret, une anse naturelle bien abritée, mais pas assez profonde pour ne faire un véritable port, néanmoins l’on peut y voir les traces d’un ancien abri de goémonier fait de galet.
Plus haut, dans la lande de bruyère, vers l’emplacement des ruines de la chapelle St Guennolé, l’on distingue la travée du four à goémon.
Aujourd’hui, il ne reste plus que le champ de Ty Korn pour révéler une activité humaine dans ce lieu.
Le temps que j’observe la coutumière aigrette garzette de Porz Coret, Jean-Yves et Yann sont à mes côtés.
Assis sur le vélo, un pied au sol, un coup de jumelles sur la grève, nous regardons et repartons et ainsi de suite, de quête en quête, toute l’anse est passée au crible.
Le chemin qui entoure cette grève est gazonneux, y rouler en vélo est plaisant, il conduit directement à la baie de Lampaul, en plein milieu, le Youc’h Korz, ce rocher gros comme un paquebot qui se serait échoué.
Jean-Yves et Yann me suivent contemplatifs et silencieux, cette partie de la côte sud de la baie offre la plus belle vue qui soit.
- On va jusqu'à Prat à pied ? demandais-je
- Alors on laisse les vélos ici, dit Yann
- Oui, on revient par la route et on fait Ty Korn.
- Ce sera long ?
- Une bonne demi-heure ; répondis-je.
- On fait vite car je commence à avoir faim ! réplique Jean-Yves.
Nous montons la butte pour observer la lande à bruyère. A peine avons-nous commencé à marcher qu’un courlis s’envole bruyamment, nous nous arrêtons net, n’ayant pas eu le temps de prendre les jumelles que celui-ci a déjà disparu en contrebas.
Être sur Ar Ru, c’est être sur une lande des Highlands lance Jean-Yves.
- Mais l’immensité en moins, lui dis-je
- Oui, mais c’est le même type de végétation malgré tout, et Yann rajoute
- Tu vois Muriel, tu as tout sur ton île !
- Et oui, presque tout pour être heureuse répondis-je avec désinvolture
Jean-Yves se retourne vers moi et me sourit, sans échanger de mots, nous nous comprenons du regard.
Nous marchons tous les trois, soit sur le chemin ou dans la lande, mais au plus près du rivage.
Je sens que mes deux compagnons sont plus attirés par la beauté du paysage que par la recherche des oiseaux.
La couleur de la mer est particulièrement belle, le bleu du ciel se reflète sur elle, les rayons du soleil ajoutent à cela la transparence du cristal, de notre hauteur, nous voyons clairement le fond, la baie se donne des airs de lagon.
Sur la côte en face, tout est plus lumineux, la pureté de l’air fait que le blanc des murs est encore plus blanc, le vert des champs encore plus intense, les couleurs des bateaux paraissent neuves, le bourg devient lumineux comme un village de pêcheurs grecs, c’est la vue que je préfère de mon île.
Marchant derrière moi, Yann me demande.
- Muriel si on s’arrêtait une minute !
- Bien sur.
Le regard fixé sur l’autre rive, il rajoute.
- Jean-Yves, lis le poème que tu m’as lu hier soir.
- Tu devrais plutôt le demander à Muriel, puisque c’est elle qui l’a écris.
Je dis à Jean-Yves,
- Ah bon, tu lis mes poèmes aux autres.
- C’était la meilleure façon de te présenter.
- Et de quelle façon, dit Yann
De sa poche, il sort mon poème, et lis :
Les couchants du Créac’h
Les soleils rasants
Le soir venu
Léchant les rochers
Donnent illusion
A des flammes
Sortant de l’océan
A des volcans
Endormis se réveillant
Pour lancer
Au firmament
Des flammèches d’argent
Donnant à Ouessant
Des nuits de rêve
Hors du temps.
Après un moment de silence gênée, j’explique pour Yann, que c’est dans le cadre du lycée que j’ai écrit ce poème, à l’entendre, je me suis demandé si c’était bien moi qui l’avais écrit.
7 - Feunteun Velen
Puis il donne l’autre poème à Yann, un autre des mes poèmes que je lui avais remis.
Pern :
Figés face à l’océan
Dressés contre les vents
Noyés par les embruns
Invisibles dans les brumes
Ces granites aux formes humaines
Étaient-ils des êtres malfaisants
Privés de résurrection
Punis pour longtemps
Au purgatoire des éléments.
Lisant à haute voix, respectant le ton, la ponctuation, dans ce lieu, la lecture est captivante. Je suis attentive, comme si je n’en étais pas l’auteur, Jean-Yves à l’air rêveur,
A la fin, il y eu un léger silence, Jean-Yves me dit :
C’est beau, c’est frais, c’est juste. Yann rajoute
- J’aime beaucoup.
- Ça t'a beaucoup plus, lui dis-je.
- Bien sur que oui, ce n’est pas de la flatterie,
Je me sens rougir, je suis émue, et j’ajoute,
- Vous aller me faire rougir
Je me lève aussitôt, je pars devant en continuant le chemin vers le Prat.
A part quelques tournepierres et des grands gravelots, nous ne trouvons rien d’autre du haut de cette grève. Jean-Yves en a profité pour me rejoindre, Yann est derrière. Pendant la descente jusqu'à la plage du Prat, ce ne fut que futilités dans nos propos, que veut-il me dire pour ne pas y arriver ?
Je n’ai pas envie de le trouver pénible, je n’ai pas cette image de lui, pourquoi est-il mal à l’aise ? « Va doué ». J’espère qu’il ne se fait pas des idées, car je n’ai vraiment pas la tête à ça.
Yann nous à rejoins, il observe quelques bécasseaux situés à l’autre extrémité, je l’entends dire des sanderlings, du chemin, j'imagine leur allure de jouet mécaniques sur le sable, ils suivent et évitent les vagues en courant très vite à la recherche de nourriture. Tout ceci dans un perpétuel mouvement.
Le Prat est une petite crique, tous les chemins y accédant sont en forte pente, à marée haute, la plage de sable est recouverte par le flot, s’il n’y avait pas quelques bateaux aux corps-morts, l’endroit semblerait inhospitalier.
Je suis avec Jean-Yves au dessus de la plage, Yann est devant nous, à quelques mètres.
- Muriel je ne pas te presser, mais je commence à avoir faim depuis un moment.
Je pensais en moi-même c’était donc cela qu’il voulait me dire !
- Yann, on y va, on rentre. Dis-je en l’appelant
- J’arrive, répond t-il
Alors que nous montons le chemin jusqu’à la route pour rejoindre Ty Korn, il me demande comment s’était passé ma rencontre avec mon père.
Après lui avoir expliqué celle avec ma grand-mère sur le port, je lui dis qu’une fois chez moi, j’ai juste pris le temps de faire une bise à ma mère afin de la rassurer tout en la prévenant que je filais sur Porz doun, puis aussitôt, je suis aller dans la réserve pour poser ma valise, j’ai pris le vélo de ma sœur et mon sac à dos et de la sorte, j’ai pu éviter mon père.
Je lui précise qu’il ne n’aurait pas permis de me rendre à la grève à peine arrivée à la maison, et que cela aurait encore fait des histoires. Alors qu’avec ma mère, cela ne la dérange pas outre mesure, du moment que je reviens aussitôt après avoir vu l’oiseau.
Je pense en moi-même, que je vais avoir des reproches de sa part pour ne pas être revenue directement du bateau à la maison, mais j’ai vu l’oiseau ! Et comme à l’habitude, ce sera l’éternel refrain. « Après l’heure ce n’est plus l’heure, tu attendras le repas du soir, va donc refaire le plein du bar et ranger les bouteilles à la réserve ! »
Yann nous a rejoint, sur la route nous échangeons des propos plus distrayants et plus passionnants. J’explique un vallon que Yann ne connaît pas encore, Stang Meur, ou à chaque fois que l’on pose le pied sur le sol, celui-ci vibre, on se demande si on va être englouti dans la tourbe, c’est vraiment impressionnant. c'est une éponge gorgée d’eau brunâtre, y avancer relève du tâtonnement.
Yann m’écoute attentivement, je continue, c’est un près de carex et de molinie ou les marouettes et les locustelles y trouvent un paradis migratoire, dans les larges bosquets de saules, c’est aussi celui de tous les pouillots.
Je lui précise que peu d’ornithologue le connaît et qu’il n’a pas la réputation des traditionnels vallons (stang en breton) d’Arland, du Korz, de Porz Gwenn.
J’aime expliquer mon île avec tous ses petits marais, tous ses petits vallons, et jusqu’aux buissons isolés.
J’en ai une connaissance parfaite, et j’en suis assez fier, et jamais avare de détail.
Je leur dis aussi que si j’en éprouve un sentiment de fierté, je suis aussi consciente d’avoir un but pour vivre sur l’île, voire un échappatoire à l’ennui et à la grisaille et qu’il est important d’avoir une passion pour parfois fuir l’envie de partir, mais de partir qu’à des moments choisis.
C’est à peu près en ces termes que nous avons rejoint les vélos, il n’y a pas eu de dialogue, mais un monologue de ma part, m’ont-ils laissées parler par politesse ? Ont-ils été captivés par mon débit ?
Nous en avons oublié Ty Korn avec son champ de pommes de terre, après nous être dit au revoir, Jean-Yves et Yann sont partis devant et je suis restée seule avec mes pensées, pédalant, flânant, oubliant mon mal en moi en rentrant à la maison.
(Pour lire la suite cliquez sur Article plus ancien).
Pern :
Figés face à l’océan
Dressés contre les vents
Noyés par les embruns
Invisibles dans les brumes
Ces granites aux formes humaines
Étaient-ils des êtres malfaisants
Privés de résurrection
Punis pour longtemps
Au purgatoire des éléments.
Lisant à haute voix, respectant le ton, la ponctuation, dans ce lieu, la lecture est captivante. Je suis attentive, comme si je n’en étais pas l’auteur, Jean-Yves à l’air rêveur,
A la fin, il y eu un léger silence, Jean-Yves me dit :
C’est beau, c’est frais, c’est juste. Yann rajoute
- J’aime beaucoup.
- Ça t'a beaucoup plus, lui dis-je.
- Bien sur que oui, ce n’est pas de la flatterie,
Je me sens rougir, je suis émue, et j’ajoute,
- Vous aller me faire rougir
Je me lève aussitôt, je pars devant en continuant le chemin vers le Prat.
A part quelques tournepierres et des grands gravelots, nous ne trouvons rien d’autre du haut de cette grève. Jean-Yves en a profité pour me rejoindre, Yann est derrière. Pendant la descente jusqu'à la plage du Prat, ce ne fut que futilités dans nos propos, que veut-il me dire pour ne pas y arriver ?
Je n’ai pas envie de le trouver pénible, je n’ai pas cette image de lui, pourquoi est-il mal à l’aise ? « Va doué ». J’espère qu’il ne se fait pas des idées, car je n’ai vraiment pas la tête à ça.
Yann nous à rejoins, il observe quelques bécasseaux situés à l’autre extrémité, je l’entends dire des sanderlings, du chemin, j'imagine leur allure de jouet mécaniques sur le sable, ils suivent et évitent les vagues en courant très vite à la recherche de nourriture. Tout ceci dans un perpétuel mouvement.
Le Prat est une petite crique, tous les chemins y accédant sont en forte pente, à marée haute, la plage de sable est recouverte par le flot, s’il n’y avait pas quelques bateaux aux corps-morts, l’endroit semblerait inhospitalier.
Je suis avec Jean-Yves au dessus de la plage, Yann est devant nous, à quelques mètres.
- Muriel je ne pas te presser, mais je commence à avoir faim depuis un moment.
Je pensais en moi-même c’était donc cela qu’il voulait me dire !
- Yann, on y va, on rentre. Dis-je en l’appelant
- J’arrive, répond t-il
Alors que nous montons le chemin jusqu’à la route pour rejoindre Ty Korn, il me demande comment s’était passé ma rencontre avec mon père.
Après lui avoir expliqué celle avec ma grand-mère sur le port, je lui dis qu’une fois chez moi, j’ai juste pris le temps de faire une bise à ma mère afin de la rassurer tout en la prévenant que je filais sur Porz doun, puis aussitôt, je suis aller dans la réserve pour poser ma valise, j’ai pris le vélo de ma sœur et mon sac à dos et de la sorte, j’ai pu éviter mon père.
Je lui précise qu’il ne n’aurait pas permis de me rendre à la grève à peine arrivée à la maison, et que cela aurait encore fait des histoires. Alors qu’avec ma mère, cela ne la dérange pas outre mesure, du moment que je reviens aussitôt après avoir vu l’oiseau.
Je pense en moi-même, que je vais avoir des reproches de sa part pour ne pas être revenue directement du bateau à la maison, mais j’ai vu l’oiseau ! Et comme à l’habitude, ce sera l’éternel refrain. « Après l’heure ce n’est plus l’heure, tu attendras le repas du soir, va donc refaire le plein du bar et ranger les bouteilles à la réserve ! »
Yann nous a rejoint, sur la route nous échangeons des propos plus distrayants et plus passionnants. J’explique un vallon que Yann ne connaît pas encore, Stang Meur, ou à chaque fois que l’on pose le pied sur le sol, celui-ci vibre, on se demande si on va être englouti dans la tourbe, c’est vraiment impressionnant. c'est une éponge gorgée d’eau brunâtre, y avancer relève du tâtonnement.
Yann m’écoute attentivement, je continue, c’est un près de carex et de molinie ou les marouettes et les locustelles y trouvent un paradis migratoire, dans les larges bosquets de saules, c’est aussi celui de tous les pouillots.
Je lui précise que peu d’ornithologue le connaît et qu’il n’a pas la réputation des traditionnels vallons (stang en breton) d’Arland, du Korz, de Porz Gwenn.
J’aime expliquer mon île avec tous ses petits marais, tous ses petits vallons, et jusqu’aux buissons isolés.
J’en ai une connaissance parfaite, et j’en suis assez fier, et jamais avare de détail.
Je leur dis aussi que si j’en éprouve un sentiment de fierté, je suis aussi consciente d’avoir un but pour vivre sur l’île, voire un échappatoire à l’ennui et à la grisaille et qu’il est important d’avoir une passion pour parfois fuir l’envie de partir, mais de partir qu’à des moments choisis.
C’est à peu près en ces termes que nous avons rejoint les vélos, il n’y a pas eu de dialogue, mais un monologue de ma part, m’ont-ils laissées parler par politesse ? Ont-ils été captivés par mon débit ?
Nous en avons oublié Ty Korn avec son champ de pommes de terre, après nous être dit au revoir, Jean-Yves et Yann sont partis devant et je suis restée seule avec mes pensées, pédalant, flânant, oubliant mon mal en moi en rentrant à la maison.
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8 - Quelques jours plus tard… !
Je décide de ma rendre chez ma grand-mère à Pern, depuis toujours les ouessantins appelle cette maison « la maison de la comtesse ». Pourquoi ? Nul ne le sait le dire.
Ce matin, le temps est calme et beau, je sens à peine le vent, je n’ai nul besoin de pédaler dans la descente de Kérc’heré, comme c’est souvent le cas.
Je profite du spectacle, et de la beauté du paysage.
Le phare du Créac’h sur fond de mer avec le croisement des bateaux a quelques chose de grandiose.
Je crois que je ne pourrai jamais m'en lasser. Me laissant descendre en roue libre, j’arrive doucement à la hauteur de Jacqueline, elle porte son chevalet.
- Bonjour Jacqueline
- Ah ! Muriel c’est toi ! Comment tu vas ? tu vas voir les oiseaux ?
- Pas exactement, je vais chez ma grand-mère.
- Comment va Claire ?
- Très bien.
- Tu l’embrasseras pour moi, me dit-elle en continuant à marcher alors que je roule près d’elle.
- Promis…Je vois que tu vas peindre…Tu sais ce que tu vas faire ?
- Oui je vais peindre ma piscine, la Baianet près du Créac’h…. Avec cette lumière et ce temps, j’en profite.
- Tu t’y baignes toujours ? Elle semble étonnée par ma question.
- Bien sûr que je m’y baigne toujours….Pourquoi me demandes-tu cela ?
- Parce-que je la trouve trop profonde, il n’y a pas assez de prise pour remonter sur le bord.
Tout en parlant, elle avait placé son chevalet sur le cageot qui me sert de porte-bagage, elle le maintenait en marchant.
- Il n’y a pas plus de risque qu’à la plage et l’eau est plus chaude.
Elle parlait fermement, assurément, mais je ne pus m’empêcher de penser à Jocelyne, une touriste qui avait été enlevée par une lame de fond à Pern en plein mois d’Août alors qu’elle bronzait sur la plage de galet de Porz Kérac’h, c’est ma grand-mère qui l’avait recueillie.
Je le lui rappelle vaguement cette histoire. Elle se tourne vers moi, me regarde par-dessus ses lunettes et me dit :
- Muriel, une lame de fond c’est quand même chose de très rare et qui peut arriver presque partout autour des côtes d’Ouessant….
- Elle peut te prendre aussi lorsque tu ramasses du pioca, il ne faut pas que tu y penses même si tu as été choquée par cette histoire. Rajoute-t-elle.
- Non, non, les lames de fond c’est plus courant que ça. Il y’en a eu une dans le goulet de Brest, elle a faillit couler l’Enez, il s’est dressé sur la vague comme un cheval cabré, puis a plongé de tout son poids, son nez a enfourné comme dans un abîme, la mer toute entière a envahi le pont jusqu'à la salle des machines, certes, je n’y étais pas, mais Matthieu avec qui j’étais en classe a vécu cela, Il ne voulait plus aller à Brest.
- Je te comprends mais….
- Je vais t’expliquer autre chose, le grand-père de Béatrice, tu sais, celui qui pilote la Ouessantine…
- Oui je connais un peu, de nom.
- Il nous a souvent parlé des trois grosses vagues qui se suivent.
- Je n’en ai jamais entendu parler fit Jacqueline. !
- Dans le fromveur, les jours de gros temps, aussi bien au phare de la Jument qu’à celui de Kéréon, il y a souvent trois grosses lames d’ouest en est, elles ont un bruit particulier que n’ont pas les autres vagues, elles grondent, elles emportent tout sur leur passage. Jean m’a un jour expliqué, qu’ils n’ont dû leur salut que parce qu’il avait réussi à les prendre de face, le nez pointé vers elles, sinon, ils auraient été roulés corps et biens. Selon lui, bon nombre de naufrages sont dus à ces trois lames, rein ne peut les laisser prévoir, sans avoir une parfaite connaissance des lieux et une extrême vigilance.
Très étonnée, Jacqueline me dit.
- Non, non, je ne savais pas…mais je ne veux pas me priver de ce plaisir, je redoublerai de prudence.
Nous arrivons à l’intersection de nos chemins.
Jacqueline rajuste son petit sac à dos, il doit y avoir sa boite de peinture et ses pinceaux, elle reprend son chevalet avec son grand carton tout en marchant, nous nous sommes dit au revoir de la main.
Elle descend à droite vers le Créac’h, je fille sur Pern, directement chez ma grand-mère
Ce matin, le temps est calme et beau, je sens à peine le vent, je n’ai nul besoin de pédaler dans la descente de Kérc’heré, comme c’est souvent le cas.
Je profite du spectacle, et de la beauté du paysage.
Le phare du Créac’h sur fond de mer avec le croisement des bateaux a quelques chose de grandiose.
Je crois que je ne pourrai jamais m'en lasser. Me laissant descendre en roue libre, j’arrive doucement à la hauteur de Jacqueline, elle porte son chevalet.
- Bonjour Jacqueline
- Ah ! Muriel c’est toi ! Comment tu vas ? tu vas voir les oiseaux ?
- Pas exactement, je vais chez ma grand-mère.
- Comment va Claire ?
- Très bien.
- Tu l’embrasseras pour moi, me dit-elle en continuant à marcher alors que je roule près d’elle.
- Promis…Je vois que tu vas peindre…Tu sais ce que tu vas faire ?
- Oui je vais peindre ma piscine, la Baianet près du Créac’h…. Avec cette lumière et ce temps, j’en profite.
- Tu t’y baignes toujours ? Elle semble étonnée par ma question.
- Bien sûr que je m’y baigne toujours….Pourquoi me demandes-tu cela ?
- Parce-que je la trouve trop profonde, il n’y a pas assez de prise pour remonter sur le bord.
Tout en parlant, elle avait placé son chevalet sur le cageot qui me sert de porte-bagage, elle le maintenait en marchant.
- Il n’y a pas plus de risque qu’à la plage et l’eau est plus chaude.
Elle parlait fermement, assurément, mais je ne pus m’empêcher de penser à Jocelyne, une touriste qui avait été enlevée par une lame de fond à Pern en plein mois d’Août alors qu’elle bronzait sur la plage de galet de Porz Kérac’h, c’est ma grand-mère qui l’avait recueillie.
Je le lui rappelle vaguement cette histoire. Elle se tourne vers moi, me regarde par-dessus ses lunettes et me dit :
- Muriel, une lame de fond c’est quand même chose de très rare et qui peut arriver presque partout autour des côtes d’Ouessant….
- Elle peut te prendre aussi lorsque tu ramasses du pioca, il ne faut pas que tu y penses même si tu as été choquée par cette histoire. Rajoute-t-elle.
- Non, non, les lames de fond c’est plus courant que ça. Il y’en a eu une dans le goulet de Brest, elle a faillit couler l’Enez, il s’est dressé sur la vague comme un cheval cabré, puis a plongé de tout son poids, son nez a enfourné comme dans un abîme, la mer toute entière a envahi le pont jusqu'à la salle des machines, certes, je n’y étais pas, mais Matthieu avec qui j’étais en classe a vécu cela, Il ne voulait plus aller à Brest.
- Je te comprends mais….
- Je vais t’expliquer autre chose, le grand-père de Béatrice, tu sais, celui qui pilote la Ouessantine…
- Oui je connais un peu, de nom.
- Il nous a souvent parlé des trois grosses vagues qui se suivent.
- Je n’en ai jamais entendu parler fit Jacqueline. !
- Dans le fromveur, les jours de gros temps, aussi bien au phare de la Jument qu’à celui de Kéréon, il y a souvent trois grosses lames d’ouest en est, elles ont un bruit particulier que n’ont pas les autres vagues, elles grondent, elles emportent tout sur leur passage. Jean m’a un jour expliqué, qu’ils n’ont dû leur salut que parce qu’il avait réussi à les prendre de face, le nez pointé vers elles, sinon, ils auraient été roulés corps et biens. Selon lui, bon nombre de naufrages sont dus à ces trois lames, rein ne peut les laisser prévoir, sans avoir une parfaite connaissance des lieux et une extrême vigilance.
Très étonnée, Jacqueline me dit.
- Non, non, je ne savais pas…mais je ne veux pas me priver de ce plaisir, je redoublerai de prudence.
Nous arrivons à l’intersection de nos chemins.
Jacqueline rajuste son petit sac à dos, il doit y avoir sa boite de peinture et ses pinceaux, elle reprend son chevalet avec son grand carton tout en marchant, nous nous sommes dit au revoir de la main.
Elle descend à droite vers le Créac’h, je fille sur Pern, directement chez ma grand-mère
9 - Le pioca.
Déjà depuis la route de Pern, à la sortie de Loqueltas, j’avais remarqué un ornithologue observant les saules de ma grand-mère. C’est après avoir pris le chemin qui y mène que je reconnu Yann.
Pour ne pas effrayer les oiseaux, je m’approche doucement, à sa hauteur, je lui demande ce qu’il a vu.
- Des pouillots véloces et fitis me répond-t-il
- Et rien d’autre ?
- Non, rien d’extraordinaire, sinon des fauvettes à tête noire, troglodytes, rouge-gorge.
- Et Jean-Yves ?
- Il doit être encore dans la roselière du marais avec les autres….Quelqu’un aurait trouvé une locustelle.
- Que fais-tu ?
- J’allais sur Pern, j’aime beaucoup.
- Veux tu que je te présente à ma grand-mère ?
- Ah, je serais ravi !
- Allez viens.
Après avoir posé les vélos, j’appelle mamie, les fenêtres sont grandes ouvertes, je reconnais le parfum du flan fait avec du petit goémon.
- Tu tombes bien Yann, tu vas apprendre quelque chose que tu ne connais pas.
- De quoi s’agit-il ? me dit-il avec le sourire
- Du flan fait avec des algues….
- Avec des algues ?...
- Mamie, j’ai un ami avec moi, je peux rentrer ?
- Je suis dans la cuisine, entrez donc !
Une fois dans l’entrée, nous nous déchaussons, elle a toujours une multitude de chaussons pour tout le monde.
Yann me suit, nous pénétrons dans la cuisine.
- Excusez-moi de ne pas vous accueillir, mais je prépare mes flans.
- Tu vois, c’est cela le flan au pioca
- Connaissez-vous cela jeune homme ? lui demande-t-elle.
- Non, c’est la première fois que j’en entends parler.
- Vous n’êtes pas Breton ?
- Non, Sarthois.
- Ah ! fait-elle en tournant les algues mélangées au lait dans une passoire.
- Veux-tu lui expliquer Mamie ?
- Ma foi, s’il le veut.
- J’avoue être curieux de connaître cette recette.
- Muriel, tu veux bien me verser une louche pendant que je touille.
Tout en répondant oui, je prends une pleine louche de lait avec du pioca dans la casserole sur le feu et la verse dans sa passoire, en même temps elle explique :
- Vous voyez, jeune homme, je fais ressortir la gélatine ou si vous préférez, le carraghénane du Chondrus cirspus, comme le dit Muriel…, c’est le gélifiant le plus naturel qui soit !
- Regardez sous la passoire, ce qui coule va gélifier le lait et devenir un fan.
- Cela existe depuis longtemps ? demande Eric.
- Personnellement, ma grand-mère de Molène l’utilisait déjà…Cela s’est perdu depuis que l’on vend des préparations toutes faites. Même dans le Léon, c’était utilisé couramment, c’est sûrement très ancien, c’est connu de St Malo à Vannes, c’était utilisé jusqu’après la guerre couramment.
- Et l’algue est facile à trouver ?
- Rien de plus facile, il suffit d’une bonne marée basse à plus de 65/70.
- Mais Mamie, il te reste encore du pioca ? Je pense qu’elle a dû en chercher elle-même ?
- Tu sais bien que non, me dit-elle, et elle rajoute.
- S’il fallait que j’attende après toi, je me ferais des flancs moins souvent ! D’ailleurs à ce propos, il m’en faut pour l’hiver, n’oublie pas !...
Au fond de moi, je sais qu’elle a raison, je ne veux pas qu’elle cueille elle-même le pioca, mais je ne fais pas toujours l’effort de le faire au moment des grandes marées.
- Mamie, je te promets qu’à la prochaine marée, j’irais
- N’oublie pas que c’est pour le début de la semaine prochaine, sinon, j’y vais moi-même, il me faut mes flans pour l’hiver.
- Vous en faites souvent ? demande Yann.
- Deux fois la semaine environ, c’est mon dessert préféré.
- Muriel, va chercher du pioca, le sac est à sa place.
- S’il vous plait, jeune homme, versez moi une louche, pendant que je le passe, je vais vous expliquez en détail.
- Je fais cuire le lait, dès que l’anti-monte lait s’agite, je verse une poignée d’algues sèches et j’attends 15 minutes environ et toujours à feu doux, surtout….Ensuite, on le passe,…. Muriel viens, je vais vous faire voir l’algue.
- Je lui explique moi-même l’algue, mamie
- Si tu veux !
- Yann, tu vois cette algue s’appelle du pioca, c’est son nom Breton. Il y a trois espèces de petit goémon, mais pour les flans, c’est celui qui a le thalle le plus large.
- Qu’est-ce qu’un thalle ? demande Yann
- C’est toute cette partie de l’algue. C’est l’algue en elle-même, là tu la vois blanche, lorsqu’on la cueille elle est brune, lie de vin foncé si tu préfères, ensuite, on la pose sur l’herbe.
- Je te coupe, n’oublie pas de dire qu’il faut un temps gris.
- Mais oui, mais j’y pense mamie. Bon, où j’en étais ?
- Tu la poses sur l’herbe….fit Yann
- Oui, ensuite, il faut l’arroser, la faire sécher, l’arroser à nouveau, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’elle perde ses sels minéraux et qu’elle devienne blanche.
- Pourquoi ? dit Yann.
- Sinon elle donnerait un goût trop fort au flan.
- Les enfants, vous allez m’aider, versez la préparation dans la casserole et tournez pendant que je nettoie ma passoire, comment vous appelez-vous, jeune homme ?
- Yann
- Yann, regardez ce qui reste, vous pouvez toucher.
Je regarde Yann, et je vois qu’il n’ose pas, il est gêné. J’en prends un peu entre mes doigts pour qu’il touche.
- Tu vois comme c’est gluant ! lui dis-je.
Délicatement, d’un doigt, il touche une algue et me demande.
- Ce qui reste va être jeté ?
- Exactement lui dis-je, car cela ne peut resservir une seconde fois.
Il se tourne vers ma grand-mère
- Que mettez-vous Madame, dans votre préparation ?
Elle semble ravie qu’il s’intéresse à la fabrication du flan, tout en continuant son mélange ;
- C’est simple, des raisins secs, du rhum, du sucre vanillé et deux jaunes d’œuf.
Je prends le grand bol sur la table, celui-là même dans lequel j’aimais prendre mon déjeuner étant enfant. J’aime son décor avec le style de la faïence de Quimper. Mamie me donne une cuillère de bois.
- Yann, je verse pendant que tu tournes !...
- Muriel, mélange bien, ensuite tu remplis les ramequins, n’en mets pas partout !
Elle continue à nettoyer sa vaisselle et nous nous appliquons dans notre tâche.
- J’aime beaucoup la cuisine de ta grand-mère, dit Yann.
- Et oui, c’est sa pièce préférée, elle a voulu garder un maximum de traditionnel tout en y faisant entrer un confort agréable et pratique.
- C’est vraiment bien réussi.
- Connais-tu l’écomusée du Niou ?
- Non
- Vas le voir, tu comprendras mieux ce qu’elle a voulu faire.
- J’essayerai d’y aller.
- Comment m’avez-vous fait ça ? dit-elle en revenant vers nous.
- Apporte-moi une éponge, mamie.
- Je crains le pire, dit-elle ironiquement
- Non, cela va, ce n’est pas trop mal…Alors Yann, vous reviendrez le goûter, j’espère ?
- Je ne veux pas vous déranger, Madame.
- Mais non, mais non, vous ne me dérangez pas… Va doué !
- Je reviendrai avec plaisir, il faut que je parte, je vais aller à Pern.
Ma grand-mère s’essuie les mains avec son tablier, avant de lui dire au revoir.
- N’oubliez pas de venir !
- C’est promis Madame, et je vous remercie de m’avoir expliqué cette recette.
- Si vous êtes là la semaine prochaine, je vous emmènerais à la cueillette du petit goémon, je vous apprendrai à faire la différence entre les chondrus, gigartina, laurencia.
- Je ne sais pas encore si je reste une ou deux semaines, mais j’aimerais bien, encore merci Madame.
Ma grand-mère est restée sur le perron, Yann me rejoint visiblement ravi.
- Muriel, tu as une grand-mère formidable !
- J’étais sûre que tu allais me dire cela, ça se voyait sur ton visage.
- Je t’assure, elle est vraiment très sympa…..Je ne sais même pas l’âge qu’elle a, mais je suis sûr qu’elle a dû être une très jolie femme, elle a beaucoup d’allure et de charme.
- Elle serait flattée de t’entendre.
Yann sort avec son vélo, nous nous faisons la bise, je referme la porte de la cour derrière lui, nous nous saluons une dernière fois, il disparaît sur son vélo.
Je rentre chez ma grand-mère
Pour ne pas effrayer les oiseaux, je m’approche doucement, à sa hauteur, je lui demande ce qu’il a vu.
- Des pouillots véloces et fitis me répond-t-il
- Et rien d’autre ?
- Non, rien d’extraordinaire, sinon des fauvettes à tête noire, troglodytes, rouge-gorge.
- Et Jean-Yves ?
- Il doit être encore dans la roselière du marais avec les autres….Quelqu’un aurait trouvé une locustelle.
- Que fais-tu ?
- J’allais sur Pern, j’aime beaucoup.
- Veux tu que je te présente à ma grand-mère ?
- Ah, je serais ravi !
- Allez viens.
Après avoir posé les vélos, j’appelle mamie, les fenêtres sont grandes ouvertes, je reconnais le parfum du flan fait avec du petit goémon.
- Tu tombes bien Yann, tu vas apprendre quelque chose que tu ne connais pas.
- De quoi s’agit-il ? me dit-il avec le sourire
- Du flan fait avec des algues….
- Avec des algues ?...
- Mamie, j’ai un ami avec moi, je peux rentrer ?
- Je suis dans la cuisine, entrez donc !
Une fois dans l’entrée, nous nous déchaussons, elle a toujours une multitude de chaussons pour tout le monde.
Yann me suit, nous pénétrons dans la cuisine.
- Excusez-moi de ne pas vous accueillir, mais je prépare mes flans.
- Tu vois, c’est cela le flan au pioca
- Connaissez-vous cela jeune homme ? lui demande-t-elle.
- Non, c’est la première fois que j’en entends parler.
- Vous n’êtes pas Breton ?
- Non, Sarthois.
- Ah ! fait-elle en tournant les algues mélangées au lait dans une passoire.
- Veux-tu lui expliquer Mamie ?
- Ma foi, s’il le veut.
- J’avoue être curieux de connaître cette recette.
- Muriel, tu veux bien me verser une louche pendant que je touille.
Tout en répondant oui, je prends une pleine louche de lait avec du pioca dans la casserole sur le feu et la verse dans sa passoire, en même temps elle explique :
- Vous voyez, jeune homme, je fais ressortir la gélatine ou si vous préférez, le carraghénane du Chondrus cirspus, comme le dit Muriel…, c’est le gélifiant le plus naturel qui soit !
- Regardez sous la passoire, ce qui coule va gélifier le lait et devenir un fan.
- Cela existe depuis longtemps ? demande Eric.
- Personnellement, ma grand-mère de Molène l’utilisait déjà…Cela s’est perdu depuis que l’on vend des préparations toutes faites. Même dans le Léon, c’était utilisé couramment, c’est sûrement très ancien, c’est connu de St Malo à Vannes, c’était utilisé jusqu’après la guerre couramment.
- Et l’algue est facile à trouver ?
- Rien de plus facile, il suffit d’une bonne marée basse à plus de 65/70.
- Mais Mamie, il te reste encore du pioca ? Je pense qu’elle a dû en chercher elle-même ?
- Tu sais bien que non, me dit-elle, et elle rajoute.
- S’il fallait que j’attende après toi, je me ferais des flancs moins souvent ! D’ailleurs à ce propos, il m’en faut pour l’hiver, n’oublie pas !...
Au fond de moi, je sais qu’elle a raison, je ne veux pas qu’elle cueille elle-même le pioca, mais je ne fais pas toujours l’effort de le faire au moment des grandes marées.
- Mamie, je te promets qu’à la prochaine marée, j’irais
- N’oublie pas que c’est pour le début de la semaine prochaine, sinon, j’y vais moi-même, il me faut mes flans pour l’hiver.
- Vous en faites souvent ? demande Yann.
- Deux fois la semaine environ, c’est mon dessert préféré.
- Muriel, va chercher du pioca, le sac est à sa place.
- S’il vous plait, jeune homme, versez moi une louche, pendant que je le passe, je vais vous expliquez en détail.
- Je fais cuire le lait, dès que l’anti-monte lait s’agite, je verse une poignée d’algues sèches et j’attends 15 minutes environ et toujours à feu doux, surtout….Ensuite, on le passe,…. Muriel viens, je vais vous faire voir l’algue.
- Je lui explique moi-même l’algue, mamie
- Si tu veux !
- Yann, tu vois cette algue s’appelle du pioca, c’est son nom Breton. Il y a trois espèces de petit goémon, mais pour les flans, c’est celui qui a le thalle le plus large.
- Qu’est-ce qu’un thalle ? demande Yann
- C’est toute cette partie de l’algue. C’est l’algue en elle-même, là tu la vois blanche, lorsqu’on la cueille elle est brune, lie de vin foncé si tu préfères, ensuite, on la pose sur l’herbe.
- Je te coupe, n’oublie pas de dire qu’il faut un temps gris.
- Mais oui, mais j’y pense mamie. Bon, où j’en étais ?
- Tu la poses sur l’herbe….fit Yann
- Oui, ensuite, il faut l’arroser, la faire sécher, l’arroser à nouveau, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’elle perde ses sels minéraux et qu’elle devienne blanche.
- Pourquoi ? dit Yann.
- Sinon elle donnerait un goût trop fort au flan.
- Les enfants, vous allez m’aider, versez la préparation dans la casserole et tournez pendant que je nettoie ma passoire, comment vous appelez-vous, jeune homme ?
- Yann
- Yann, regardez ce qui reste, vous pouvez toucher.
Je regarde Yann, et je vois qu’il n’ose pas, il est gêné. J’en prends un peu entre mes doigts pour qu’il touche.
- Tu vois comme c’est gluant ! lui dis-je.
Délicatement, d’un doigt, il touche une algue et me demande.
- Ce qui reste va être jeté ?
- Exactement lui dis-je, car cela ne peut resservir une seconde fois.
Il se tourne vers ma grand-mère
- Que mettez-vous Madame, dans votre préparation ?
Elle semble ravie qu’il s’intéresse à la fabrication du flan, tout en continuant son mélange ;
- C’est simple, des raisins secs, du rhum, du sucre vanillé et deux jaunes d’œuf.
Je prends le grand bol sur la table, celui-là même dans lequel j’aimais prendre mon déjeuner étant enfant. J’aime son décor avec le style de la faïence de Quimper. Mamie me donne une cuillère de bois.
- Yann, je verse pendant que tu tournes !...
- Muriel, mélange bien, ensuite tu remplis les ramequins, n’en mets pas partout !
Elle continue à nettoyer sa vaisselle et nous nous appliquons dans notre tâche.
- J’aime beaucoup la cuisine de ta grand-mère, dit Yann.
- Et oui, c’est sa pièce préférée, elle a voulu garder un maximum de traditionnel tout en y faisant entrer un confort agréable et pratique.
- C’est vraiment bien réussi.
- Connais-tu l’écomusée du Niou ?
- Non
- Vas le voir, tu comprendras mieux ce qu’elle a voulu faire.
- J’essayerai d’y aller.
- Comment m’avez-vous fait ça ? dit-elle en revenant vers nous.
- Apporte-moi une éponge, mamie.
- Je crains le pire, dit-elle ironiquement
- Non, cela va, ce n’est pas trop mal…Alors Yann, vous reviendrez le goûter, j’espère ?
- Je ne veux pas vous déranger, Madame.
- Mais non, mais non, vous ne me dérangez pas… Va doué !
- Je reviendrai avec plaisir, il faut que je parte, je vais aller à Pern.
Ma grand-mère s’essuie les mains avec son tablier, avant de lui dire au revoir.
- N’oubliez pas de venir !
- C’est promis Madame, et je vous remercie de m’avoir expliqué cette recette.
- Si vous êtes là la semaine prochaine, je vous emmènerais à la cueillette du petit goémon, je vous apprendrai à faire la différence entre les chondrus, gigartina, laurencia.
- Je ne sais pas encore si je reste une ou deux semaines, mais j’aimerais bien, encore merci Madame.
Ma grand-mère est restée sur le perron, Yann me rejoint visiblement ravi.
- Muriel, tu as une grand-mère formidable !
- J’étais sûre que tu allais me dire cela, ça se voyait sur ton visage.
- Je t’assure, elle est vraiment très sympa…..Je ne sais même pas l’âge qu’elle a, mais je suis sûr qu’elle a dû être une très jolie femme, elle a beaucoup d’allure et de charme.
- Elle serait flattée de t’entendre.
Yann sort avec son vélo, nous nous faisons la bise, je referme la porte de la cour derrière lui, nous nous saluons une dernière fois, il disparaît sur son vélo.
Je rentre chez ma grand-mère
10 - Le conflit.
Mamie est devant sa gazinière, je ne sais pas ce qu’elle prépare. Sans se retourner, elle me demande si je reste manger avec elle, je lui réponds que oui, elle s’assoie.
Nous sommes face à face, elle est grave.
- Pourquoi as-tu dit à ton père « je veux que tu meures » !
J’avais compris que Maman lui avait raconté ma dispute.
- Il a tellement été horrible que dans ma colère, je n’ai pu m’empêcher de le lui dire.
- Qu’est-ce qui s’est encore passé, Muriel ?
- Lorsque l’on s’est quitté sur le port, j’ai tout fait pour l’éviter et je suis allée à Porz Doun.
- Oui je sais, ta mère me l’a dit.
- Ensuite, au retour, il était environ 14h, je vais lui dire bonjour gentiment, avec le sourire et il me dit : « Ce n’est pas à cette heure là que l’on vient dire bonjour ». Je n’ai rien répondu et je suis allée à la cuisine, maman y était, je lui demande s’il restait à manger et il est arrivé comme un fou furieux : « Non, tu ne mangeras pas, ici ce n’est pas un restaurant, et où étais-tu ?
- Il ne m’a même pas laissé le temps de m’expliquer, d’ailleurs je crois que cela ne l’intéressait pas. Maman a voulu prendre la parole, il était rouge de colère, il se montait lui-même. Elle a réussi à lui demander de se calmer, et il gueula, car il n’y a pas d’autres mots : « Non je ne me calmerai pas, ici ce n’est pas un moulin, tant que je serai là, on fera ce que je veux, ça ne sera pas un bordel »… !
- Il était devenu fou, ivre de colère, il m’exaspérait et je lui ai dit : « tu n’es qu’un pauvre père, je veux que tu meures. Il a voulu me frapper et je lui ai dit « vas-y, montre ta force, tu n’as que çà, rien que çà, je te hais, je te hais » et il m’a mis une gifle.
En partant dans ma chambre, je lui ai redis « Que tu meures avec ton bateau, que tu nous foutes la paix.
Bien que je sois en haut, il continuait, je l’entendais, il criait tout seul puisque maman était à la boutique.
- Mais Muriel, ça va durer jusqu'à quand ?
- J’avoue que je ne sais pas.
- Mais pourquoi ne lui as-tu pas demandé avant d’aller voir l’oiseau ?
- Il n’aurait pas voulu, tu ne le connais pas encore, il faut manger toujours à la même heure, 1h moins le quart.
- Et ton oiseau, tu l’as vu au moins ?
- Oui, heureusement que j’y suis allée. A la marée suivante, il n’a pas été revu, personne ne l’a retrouvé le lendemain !....
- Je ne sais vraiment pas comment cela va finir entre vous deux, cela m’angoisse. Et avais-tu besoin de lui dire, « je veux que tu meures ».
- J’en arrive à le penser, tout en étant calme.
- Ma pauvre Muriel, tu me désoles…. Et comment cela va maintenant ?
- Il ne m’adresse plus la parole et je n’ai pas envie de m’excuser. C’est lui qui a tort. Avait-il besoin de me dire : « Ici tu n’es pas chez toi, tu es chez tes parents, c’est moi qui te nourris » etc.…J’en passe, tu le connais…..Je lui ai dit que je ne partirai jamais, que je n’étais pas Josée. Il ne m’a pas répondu.
Après un long silence ma grand-mère me dit :
- Tu penses à ton avenir
- Bien sûr que j’y pense mamie, que veux-tu me dire ?
- Soit tu le prévois avec ton père et tu seras bien obligée de composer soit tu le prévois seule et là, il te faudra t’assumer entièrement.
- Tant que je n’ai pas fini mes études, je n’ai pas le choix.
- C’est bien ce que je crois, Muriel, et je pense qu’il faut que tu comprennes même si tu dois parfois moins faire d’ornithologie.
- Mamie, le problème n’est pas que je fasse moins ou plus d’ornithologie, il est qu’il ne supporte pas que je lui tienne tête…..L’autre soir, il était au bar en train de boire, je lui ai demandé s’il n’avait pas encore assez bu, il m’a regardé avec des yeux haineux. Tant que personne ne lui dit rien et que l’on se plie à ses volontés, tout va très bien. Son haleine me dégoûte parfois.
- Enfin si un jour tu as un problème, tu viendras habiter ici.
- Je te remercie, mais je n’ai pas envie de quitter maman et Corinne…. Il doit arrêter de boire et tout ira mieux, c’est la seule solution.
Nous restons toutes les deux silencieuses un long moment.
- Et comment comptes-tu y parvenir ? reprend mamie
- A force de lui faire honte, il va bien en prendre conscience quand même !
- Je n’avais vraiment pas besoin de cela pour mes vieux jours !... Elle hoche la tête.
- Mamie, il était comment grand-père ?
- Sauras-tu tenir ta langue ?
- Oh ! je te promets.
- Nous avions une petite malgache comme femme de ménage, il lui a fait un enfant. Voilà comment il était ! elle n’en dit pas plus.
- C’est donc à cause de cela que tu es revenue !
- Non sans garantie et c’est pour cela que j’ai pu acheter cette maison en échange de mon silence.
- Qu’est-il devenu,
- Je n’ai plus eu de nouvelle de lui, ce que je sais c’est qu’il vit toujours car nous avons un contrat chez un notaire à Rochefort, si l’un de nous meurt, l’autre le saura pour les arrangements de famille.
- Papa, le sait-il ?
- Je ne crois pas vraiment, il était encore jeune à notre arrivée. Ta mère le sait et je lui avais demandé de ne rien vous dire.
- Elle a respecté ta parole
- Tu dois en faire autant.
Pendant un long moment mamie ne dit plus rien. Nous sommes restées comme au début, assises l’une en face de l’autre, aucune de nous deux, n’a changé de position. C’est seulement à ce moment que mamie se lève pour préparer le repas.
- Mamie, j’ai besoin de sortir un peu, je vais dans la lande, cela ne te dérange pas ?
- Non, non, va, ne traine pas trop.
Alors qu’elle était dans ses casseroles, je suis allé lui faire un bisou, elle a juste tourné la tête, je la sens triste, je le suis aussi, l’atmosphère me pèse….
Avant que je ne sorte, elle me dit : « Dans un demi-heure environ ». Je la rassure.
Je marche en traînant les pieds dans l’herbe, nonchalamment.
Je repense à la mort, à sa mort, à sa disparition, qu’il soit le nocher des enfers, que les morgans conduisent sa barque sur un caillou, qu’ils l’emportent, qu’il sombre dans l’abysse sous le champ d’algue du Youc’h Korz.
Pas trop loin, pour que je puisse le fleurir, le voir, le savoir là, face à St Nicolas.
Lui qui teint des discours impies comme pour s’assombrir un peu plus, comme pour effacer sa plus petite parcelle de lumière, comme pour rompre le silence entre deux verres.
Ici, il est coutume de dire un contre sens lorsque l’on parle d’un homme qui boit « ober c’hiz an denved » soit : faire comme les moutons, c'est-à-dire, « manger sans boire », on exprime le contraire pour parler de ces hommes là.
Avant de retourner chez ma grand-mère, je jette un dernier regard vers les rochers fantômes de Pern, dans chacun d’eux on peut reconnaître la silhouette d’un être voir d’une bête.
Il semble jaillir de la lande comme une étrange réincarnation, le regard fixé vers la mer.
Nous sommes face à face, elle est grave.
- Pourquoi as-tu dit à ton père « je veux que tu meures » !
J’avais compris que Maman lui avait raconté ma dispute.
- Il a tellement été horrible que dans ma colère, je n’ai pu m’empêcher de le lui dire.
- Qu’est-ce qui s’est encore passé, Muriel ?
- Lorsque l’on s’est quitté sur le port, j’ai tout fait pour l’éviter et je suis allée à Porz Doun.
- Oui je sais, ta mère me l’a dit.
- Ensuite, au retour, il était environ 14h, je vais lui dire bonjour gentiment, avec le sourire et il me dit : « Ce n’est pas à cette heure là que l’on vient dire bonjour ». Je n’ai rien répondu et je suis allée à la cuisine, maman y était, je lui demande s’il restait à manger et il est arrivé comme un fou furieux : « Non, tu ne mangeras pas, ici ce n’est pas un restaurant, et où étais-tu ?
- Il ne m’a même pas laissé le temps de m’expliquer, d’ailleurs je crois que cela ne l’intéressait pas. Maman a voulu prendre la parole, il était rouge de colère, il se montait lui-même. Elle a réussi à lui demander de se calmer, et il gueula, car il n’y a pas d’autres mots : « Non je ne me calmerai pas, ici ce n’est pas un moulin, tant que je serai là, on fera ce que je veux, ça ne sera pas un bordel »… !
- Il était devenu fou, ivre de colère, il m’exaspérait et je lui ai dit : « tu n’es qu’un pauvre père, je veux que tu meures. Il a voulu me frapper et je lui ai dit « vas-y, montre ta force, tu n’as que çà, rien que çà, je te hais, je te hais » et il m’a mis une gifle.
En partant dans ma chambre, je lui ai redis « Que tu meures avec ton bateau, que tu nous foutes la paix.
Bien que je sois en haut, il continuait, je l’entendais, il criait tout seul puisque maman était à la boutique.
- Mais Muriel, ça va durer jusqu'à quand ?
- J’avoue que je ne sais pas.
- Mais pourquoi ne lui as-tu pas demandé avant d’aller voir l’oiseau ?
- Il n’aurait pas voulu, tu ne le connais pas encore, il faut manger toujours à la même heure, 1h moins le quart.
- Et ton oiseau, tu l’as vu au moins ?
- Oui, heureusement que j’y suis allée. A la marée suivante, il n’a pas été revu, personne ne l’a retrouvé le lendemain !....
- Je ne sais vraiment pas comment cela va finir entre vous deux, cela m’angoisse. Et avais-tu besoin de lui dire, « je veux que tu meures ».
- J’en arrive à le penser, tout en étant calme.
- Ma pauvre Muriel, tu me désoles…. Et comment cela va maintenant ?
- Il ne m’adresse plus la parole et je n’ai pas envie de m’excuser. C’est lui qui a tort. Avait-il besoin de me dire : « Ici tu n’es pas chez toi, tu es chez tes parents, c’est moi qui te nourris » etc.…J’en passe, tu le connais…..Je lui ai dit que je ne partirai jamais, que je n’étais pas Josée. Il ne m’a pas répondu.
Après un long silence ma grand-mère me dit :
- Tu penses à ton avenir
- Bien sûr que j’y pense mamie, que veux-tu me dire ?
- Soit tu le prévois avec ton père et tu seras bien obligée de composer soit tu le prévois seule et là, il te faudra t’assumer entièrement.
- Tant que je n’ai pas fini mes études, je n’ai pas le choix.
- C’est bien ce que je crois, Muriel, et je pense qu’il faut que tu comprennes même si tu dois parfois moins faire d’ornithologie.
- Mamie, le problème n’est pas que je fasse moins ou plus d’ornithologie, il est qu’il ne supporte pas que je lui tienne tête…..L’autre soir, il était au bar en train de boire, je lui ai demandé s’il n’avait pas encore assez bu, il m’a regardé avec des yeux haineux. Tant que personne ne lui dit rien et que l’on se plie à ses volontés, tout va très bien. Son haleine me dégoûte parfois.
- Enfin si un jour tu as un problème, tu viendras habiter ici.
- Je te remercie, mais je n’ai pas envie de quitter maman et Corinne…. Il doit arrêter de boire et tout ira mieux, c’est la seule solution.
Nous restons toutes les deux silencieuses un long moment.
- Et comment comptes-tu y parvenir ? reprend mamie
- A force de lui faire honte, il va bien en prendre conscience quand même !
- Je n’avais vraiment pas besoin de cela pour mes vieux jours !... Elle hoche la tête.
- Mamie, il était comment grand-père ?
- Sauras-tu tenir ta langue ?
- Oh ! je te promets.
- Nous avions une petite malgache comme femme de ménage, il lui a fait un enfant. Voilà comment il était ! elle n’en dit pas plus.
- C’est donc à cause de cela que tu es revenue !
- Non sans garantie et c’est pour cela que j’ai pu acheter cette maison en échange de mon silence.
- Qu’est-il devenu,
- Je n’ai plus eu de nouvelle de lui, ce que je sais c’est qu’il vit toujours car nous avons un contrat chez un notaire à Rochefort, si l’un de nous meurt, l’autre le saura pour les arrangements de famille.
- Papa, le sait-il ?
- Je ne crois pas vraiment, il était encore jeune à notre arrivée. Ta mère le sait et je lui avais demandé de ne rien vous dire.
- Elle a respecté ta parole
- Tu dois en faire autant.
Pendant un long moment mamie ne dit plus rien. Nous sommes restées comme au début, assises l’une en face de l’autre, aucune de nous deux, n’a changé de position. C’est seulement à ce moment que mamie se lève pour préparer le repas.
- Mamie, j’ai besoin de sortir un peu, je vais dans la lande, cela ne te dérange pas ?
- Non, non, va, ne traine pas trop.
Alors qu’elle était dans ses casseroles, je suis allé lui faire un bisou, elle a juste tourné la tête, je la sens triste, je le suis aussi, l’atmosphère me pèse….
Avant que je ne sorte, elle me dit : « Dans un demi-heure environ ». Je la rassure.
Je marche en traînant les pieds dans l’herbe, nonchalamment.
Je repense à la mort, à sa mort, à sa disparition, qu’il soit le nocher des enfers, que les morgans conduisent sa barque sur un caillou, qu’ils l’emportent, qu’il sombre dans l’abysse sous le champ d’algue du Youc’h Korz.
Pas trop loin, pour que je puisse le fleurir, le voir, le savoir là, face à St Nicolas.
Lui qui teint des discours impies comme pour s’assombrir un peu plus, comme pour effacer sa plus petite parcelle de lumière, comme pour rompre le silence entre deux verres.
Ici, il est coutume de dire un contre sens lorsque l’on parle d’un homme qui boit « ober c’hiz an denved » soit : faire comme les moutons, c'est-à-dire, « manger sans boire », on exprime le contraire pour parler de ces hommes là.
Avant de retourner chez ma grand-mère, je jette un dernier regard vers les rochers fantômes de Pern, dans chacun d’eux on peut reconnaître la silhouette d’un être voir d’une bête.
Il semble jaillir de la lande comme une étrange réincarnation, le regard fixé vers la mer.
11 - Lire mon île.
Il me semble que l’après-midi va être agréable, le temps reste calme, il ne change pas et l’horizon du noroit au suroit.
Mamie est restée dans la maison, elle trouve toujours quelque-chose à entreprendre.
J’ai envie de lire le livre de Marie Le Franc, « Dans l’île ». Après avoir parcouru quelques pages, j’ai vu que l’action se passait entre Pern et à Ker Nevez.
J’aime lire les livres sur les lieux de leur action, notre île a l’avantage de pouvoir se le permettre, puisqu’il me faut de chez moi, environ 15 à 20mn de vélo pour aller à chaque extrémité. Il en était ainsi pour tous les livres :
A Porz Doun, pour : Le phare, et La lumière enchainée.
A Pern, pour : La mer.
A Penn ar Roc’h, pour : Les îles de la miséricorde.
A Kadoran, pour : Le sang de la sirène.
A Goubaz, pour : Ouessant.
A Porz Paol, pour : Grandeur des îles
A Gwalgrac’h, pour : Filles de la pluie.
A Penn ar Land, pour : Un homme d’Ouessant.
Au Créac’h, pour : Au large d’Ouessant.
Etc. Etc.
Je me suis trouvé un rocher qui me cale bien le dos, et un coussin fait d’herbe et de mousse.
Au fur et à mesure de ma lecture, je trouve des situations déjà lues dans d’autres livres.
Ce n’est pas étonnant, car Odette du Puigaudeau dans grandeur des îles, en a repris des passages.
Je suis surprise, je retrouve encore le personnage de Barba. Décidément, celle-ci est tenace, un peu comme si chaque nouvel auteur avait copié sur les précédents.
Parfois j’en ai assez de lire ces mêmes termes dans les mêmes livres : La proëlla, les goaskeddous, l’île de l’épouvante, la mouliguen, le naufrage du Drummond-Castel et du clocher de lampaul, le Vesper avec les scènes de beuverie collective, le Mikonos et le croisement des moutons.
Même si l’écriture et le style en sont agréables, il n’y rien de nouveau et peu d’originalité. Notre île était-elle donc si petite que cela ? Pour qu’à chaque fois, on y retrouve les mêmes mots, les mêmes aventures passées.
Parfois les termes changent d’orthographe ; (Broëlla au lieu de Proëlla). (Païanet au lieu de Baïanet) et j’en passe.
J’aime lire mon île avec ce mélange d’histoire, de culture, de tradition et de romanesque, même si certaines choses me heurtent.
Béatrice à raison je ne me laisse pas assez bercer, je vis trop fort mon île.
Je me souviens de discussion où elle m’avait dit : les gens de Colmar, de Toulon, et Bayonne se moquent de savoir si les lieux, les choses sont bien orthographiés, ils ne lisent que l’intrigue ou l’histoire, eux, ils veulent rêver.
Je m’aperçois que je pense en lisant et que je ne sais plus ce que je lis, mais où ai-je la tête ?
Je reviens en arrière pour reprendre le fil du roman. Celui-ci raconte des scènes de la vie Ouessantine entre les deux guerres, vers la fin des années 1920.
Mon évolution dans la lecture me fait penser à deux mondes qui n’ont plus rien à voir entre eux, seuls les lieux me sont familiers, les cinquante ans qui nous séparent me paraissent des siècles.
Nos deux jeunesses n’ont rien de commun, je me sens à des années-lumière de Soazic, l’héroïne du roman, comment notre île a pu changer autant ?
Je suis surprise par l’isolement des îliennes à cette période. La connaissance du monde extérieur ne pouvait se faire qu’avec la rencontre des touristes, mais elles semblaient se méfier de certains d’eux, surtout des photographes et des écrivains.
Le livre D’André Savignon ; Filles de la pluie. A visiblement laissé des traces dans la mémoire collective.
Marie le Franc en parle en ces termes : « Toutes redoutaient la publicité et savaient qu’on avait déjà écrit sur elle. Un livre surtout, qui peignait les Ouessantines comme de chaudes amoureuses soulevait leur indignation. Si la plupart ne l’avaient pas lu, elles en citaient le titre et connaissaient suffisamment son contenu disaient-elles pour en éprouver une grande colère, prêtes à régler son compte à l’auteur s’il remettait les pieds dans l’île. »
Je pense que bien que ce livre soit un roman, le paragraphe n’est plus de l’ordre du romanesque, mais découle d’une certaine vérité car j’en avais déjà entendu parler par ma grand-mère. Ces femmes cherchaient en fait un mari pour se sortir de l’île, rien de plus.
Certaines affirmations m’exaspèrent, comme la traduction d’Enez Eusa en : Ile de l’épouvante. Alors que cela veut dire : l’île haute. C’est le troisième livre qui reprend cette fausse traduction.
Je rêve à la vision de cette lecture : « les chevaux aussi suivaient leur fantaisie. Ils galopaient par petits groupes, enivrés de leur liberté, déployant dans leurs ébats, une discipline et un art si parfaits qu’on les eût dits guidés par un dresseur invisible.
Ils suivaient à la file, le même sentier, puis se mettaient à galoper à longues foulées autour d’un champ, comme sur une piste maintenant entre eux les distances et soudain faisant volte-face dans un merveilleux mouvement d’ensemble.
Ils manifestaient par leur hennissement, par le port de leur tête, par l’envol de la crinière et le vif martèlement du sabot leur plaisir d’avoir l’île entière pour jouer, bondir et se cabrer.
L’île sauvage semblait faite pour eux. Le spectacle qu’ils offraient, d’une beauté strictement physique, était enivrant à regarder. »
Ce passage in extenso de son roman me fait rêver, j’imagine très bien voir les chevaux à Pern,
Mais malheureusement cela n’aura plus jamais cours sur notre île. Heureuse, Marie le Franc !
Pensais-je.
Cette autre lecture me faisait moins rêver car je la savais vraie : « tous les quatre avaient à l’épaule une carabine. Ils chassaient des oiseaux de mer. Point n’était besoin de permis. Les jours où les gendarmes du Conquet s’embarquaient pour Ouessant, le vapeur donnait à l’arrivée un coup de sifflet supplémentaire et les fusils ne sortaient pas des maisons. »
Je rage, mais c’était ainsi.
Je retrouve avec plaisir l’ambiance de Prad Meur (le bois près du cimetière) « où les arbres sont miraculeusement remplis de chants d’oiseaux ». Malgré mon jeune âge, j’ai déjà pensé que c’est ici, parmi les oiseaux, que j’aimerais reposer sous terre. Là aussi dans le passage du livre, la réalité a remplacé le romanesque.
Je réalise que je suis presqu’à la fin. Encore vingt pages. Le soleil a baissé, le temps est toujours aussi clément, il m’a laissé un long répit. Le roman n’est enfin qu’une grande partie des scènes de la vie Ouessantine, d’une époque que ma grand-mère a partiellement connue.
Je repense à l’image des chevaux dans la lande sauvage, c’est sûrement cette vision qui me restera de ce livre.
Souvent en regardant vers Molène, j’imagine l’irlandais Trompilh jetant son bateau sur les pierres vertes pour se venger des Anglais. C’est cette action qui me reste du naufrage du Drummond-Castel et des deux livres écris sur ce drame : Les Pierres Vertes. De Le Goffic.
Les îles de la Miséricorde. De Queffelec.
Ou encore lorsque je regarde les phares de Kéréon, et de la Jument en pensant à ces hommes de la solitude, je revois les scènes décrites par le Cuff dans feux de mer.
Oui j’aime lire mon île et je sais qu’un jour j’écrirai sur elle. Quoi ? je ne sais pas encore, mais ce qui est sûr, c’est que je ne réécrirai pas les livres des autres.
Le soleil est bas, avant de retourner chez ma grand-mère, j’ai envie de voir son coucher sur les rochers du Créac’h. Leurs formes aiguisées frappées par le soleil rouge, fait croire à des flammes s’élevant dans le ciel.
C’est à cette heure de la journée que les rochers entre Pern et Yusin sont les plus fantomatiques voire fantasmagoriques.
Que doivent penser les marins à cette heure lorsqu’ils croisent les côtes d’Ouessant ?
Déjà que j’arrive à lire les noms des navires sans jumelles.
Le soleil va bientôt disparaître vers un autre univers, je rentre
Mamie est restée dans la maison, elle trouve toujours quelque-chose à entreprendre.
J’ai envie de lire le livre de Marie Le Franc, « Dans l’île ». Après avoir parcouru quelques pages, j’ai vu que l’action se passait entre Pern et à Ker Nevez.
J’aime lire les livres sur les lieux de leur action, notre île a l’avantage de pouvoir se le permettre, puisqu’il me faut de chez moi, environ 15 à 20mn de vélo pour aller à chaque extrémité. Il en était ainsi pour tous les livres :
A Porz Doun, pour : Le phare, et La lumière enchainée.
A Pern, pour : La mer.
A Penn ar Roc’h, pour : Les îles de la miséricorde.
A Kadoran, pour : Le sang de la sirène.
A Goubaz, pour : Ouessant.
A Porz Paol, pour : Grandeur des îles
A Gwalgrac’h, pour : Filles de la pluie.
A Penn ar Land, pour : Un homme d’Ouessant.
Au Créac’h, pour : Au large d’Ouessant.
Etc. Etc.
Je me suis trouvé un rocher qui me cale bien le dos, et un coussin fait d’herbe et de mousse.
Au fur et à mesure de ma lecture, je trouve des situations déjà lues dans d’autres livres.
Ce n’est pas étonnant, car Odette du Puigaudeau dans grandeur des îles, en a repris des passages.
Je suis surprise, je retrouve encore le personnage de Barba. Décidément, celle-ci est tenace, un peu comme si chaque nouvel auteur avait copié sur les précédents.
Parfois j’en ai assez de lire ces mêmes termes dans les mêmes livres : La proëlla, les goaskeddous, l’île de l’épouvante, la mouliguen, le naufrage du Drummond-Castel et du clocher de lampaul, le Vesper avec les scènes de beuverie collective, le Mikonos et le croisement des moutons.
Même si l’écriture et le style en sont agréables, il n’y rien de nouveau et peu d’originalité. Notre île était-elle donc si petite que cela ? Pour qu’à chaque fois, on y retrouve les mêmes mots, les mêmes aventures passées.
Parfois les termes changent d’orthographe ; (Broëlla au lieu de Proëlla). (Païanet au lieu de Baïanet) et j’en passe.
J’aime lire mon île avec ce mélange d’histoire, de culture, de tradition et de romanesque, même si certaines choses me heurtent.
Béatrice à raison je ne me laisse pas assez bercer, je vis trop fort mon île.
Je me souviens de discussion où elle m’avait dit : les gens de Colmar, de Toulon, et Bayonne se moquent de savoir si les lieux, les choses sont bien orthographiés, ils ne lisent que l’intrigue ou l’histoire, eux, ils veulent rêver.
Je m’aperçois que je pense en lisant et que je ne sais plus ce que je lis, mais où ai-je la tête ?
Je reviens en arrière pour reprendre le fil du roman. Celui-ci raconte des scènes de la vie Ouessantine entre les deux guerres, vers la fin des années 1920.
Mon évolution dans la lecture me fait penser à deux mondes qui n’ont plus rien à voir entre eux, seuls les lieux me sont familiers, les cinquante ans qui nous séparent me paraissent des siècles.
Nos deux jeunesses n’ont rien de commun, je me sens à des années-lumière de Soazic, l’héroïne du roman, comment notre île a pu changer autant ?
Je suis surprise par l’isolement des îliennes à cette période. La connaissance du monde extérieur ne pouvait se faire qu’avec la rencontre des touristes, mais elles semblaient se méfier de certains d’eux, surtout des photographes et des écrivains.
Le livre D’André Savignon ; Filles de la pluie. A visiblement laissé des traces dans la mémoire collective.
Marie le Franc en parle en ces termes : « Toutes redoutaient la publicité et savaient qu’on avait déjà écrit sur elle. Un livre surtout, qui peignait les Ouessantines comme de chaudes amoureuses soulevait leur indignation. Si la plupart ne l’avaient pas lu, elles en citaient le titre et connaissaient suffisamment son contenu disaient-elles pour en éprouver une grande colère, prêtes à régler son compte à l’auteur s’il remettait les pieds dans l’île. »
Je pense que bien que ce livre soit un roman, le paragraphe n’est plus de l’ordre du romanesque, mais découle d’une certaine vérité car j’en avais déjà entendu parler par ma grand-mère. Ces femmes cherchaient en fait un mari pour se sortir de l’île, rien de plus.
Certaines affirmations m’exaspèrent, comme la traduction d’Enez Eusa en : Ile de l’épouvante. Alors que cela veut dire : l’île haute. C’est le troisième livre qui reprend cette fausse traduction.
Je rêve à la vision de cette lecture : « les chevaux aussi suivaient leur fantaisie. Ils galopaient par petits groupes, enivrés de leur liberté, déployant dans leurs ébats, une discipline et un art si parfaits qu’on les eût dits guidés par un dresseur invisible.
Ils suivaient à la file, le même sentier, puis se mettaient à galoper à longues foulées autour d’un champ, comme sur une piste maintenant entre eux les distances et soudain faisant volte-face dans un merveilleux mouvement d’ensemble.
Ils manifestaient par leur hennissement, par le port de leur tête, par l’envol de la crinière et le vif martèlement du sabot leur plaisir d’avoir l’île entière pour jouer, bondir et se cabrer.
L’île sauvage semblait faite pour eux. Le spectacle qu’ils offraient, d’une beauté strictement physique, était enivrant à regarder. »
Ce passage in extenso de son roman me fait rêver, j’imagine très bien voir les chevaux à Pern,
Mais malheureusement cela n’aura plus jamais cours sur notre île. Heureuse, Marie le Franc !
Pensais-je.
Cette autre lecture me faisait moins rêver car je la savais vraie : « tous les quatre avaient à l’épaule une carabine. Ils chassaient des oiseaux de mer. Point n’était besoin de permis. Les jours où les gendarmes du Conquet s’embarquaient pour Ouessant, le vapeur donnait à l’arrivée un coup de sifflet supplémentaire et les fusils ne sortaient pas des maisons. »
Je rage, mais c’était ainsi.
Je retrouve avec plaisir l’ambiance de Prad Meur (le bois près du cimetière) « où les arbres sont miraculeusement remplis de chants d’oiseaux ». Malgré mon jeune âge, j’ai déjà pensé que c’est ici, parmi les oiseaux, que j’aimerais reposer sous terre. Là aussi dans le passage du livre, la réalité a remplacé le romanesque.
Je réalise que je suis presqu’à la fin. Encore vingt pages. Le soleil a baissé, le temps est toujours aussi clément, il m’a laissé un long répit. Le roman n’est enfin qu’une grande partie des scènes de la vie Ouessantine, d’une époque que ma grand-mère a partiellement connue.
Je repense à l’image des chevaux dans la lande sauvage, c’est sûrement cette vision qui me restera de ce livre.
Souvent en regardant vers Molène, j’imagine l’irlandais Trompilh jetant son bateau sur les pierres vertes pour se venger des Anglais. C’est cette action qui me reste du naufrage du Drummond-Castel et des deux livres écris sur ce drame : Les Pierres Vertes. De Le Goffic.
Les îles de la Miséricorde. De Queffelec.
Ou encore lorsque je regarde les phares de Kéréon, et de la Jument en pensant à ces hommes de la solitude, je revois les scènes décrites par le Cuff dans feux de mer.
Oui j’aime lire mon île et je sais qu’un jour j’écrirai sur elle. Quoi ? je ne sais pas encore, mais ce qui est sûr, c’est que je ne réécrirai pas les livres des autres.
Le soleil est bas, avant de retourner chez ma grand-mère, j’ai envie de voir son coucher sur les rochers du Créac’h. Leurs formes aiguisées frappées par le soleil rouge, fait croire à des flammes s’élevant dans le ciel.
C’est à cette heure de la journée que les rochers entre Pern et Yusin sont les plus fantomatiques voire fantasmagoriques.
Que doivent penser les marins à cette heure lorsqu’ils croisent les côtes d’Ouessant ?
Déjà que j’arrive à lire les noms des navires sans jumelles.
Le soleil va bientôt disparaître vers un autre univers, je rentre
12 - Journées obscures.
Je marche face au vent, la pluie cingle mon visage, mes joues sont noyées à la fois par les gouttes et les larmes.
Le cœur meurtri, je pleure de colère, de déception, de répulsion, de tristesse. C’est mon père et j’éprouve de la haine. J’ai pourtant envie de l’aimer, je ne demande que cela.
De plus en plus, j’ai des pensées de délivrance, je souhaite qu’il nous quitte, qu’il disparaisse de notre vie. Détester mon père est une idée qui m’est pénible, déroutante, cela me met mal à l’aise.
Si je ne peux l’aimer vivant alors je l’aimerai mort. Je suis face à la baie, son bateau est devant le corps-mort. Je n’ai pas osé dire à ma grand-mère mon idée de provoquer une panne afin qu’il ne rentre plus.
Ne pouvait-il être à la place de mon oncle, son frère ? Les seuls souvenirs que j’ai de lui sont de furtifs moments agréables. Son visage est devenu flou dans ma mémoire.
Leur chalutier de pêche la « Jeanne Gougy », en panne en pleine tempête, avait été drossé et renversé sur les roches noires près du cap Lizard. Seul le cuisinier protégait dans une poche d’air s’en était sorti au bout de trois jours, les sauveteurs avaient découpés la coque du bateau, tous les autres marins sont morts noyés, dont mon oncle.
Cette tragédie de la mer ressortait souvent dans les repas de famille. Je pense que si son bateau est pris dans le kensy par des vents de norois, il ne devrait pas survivre.
J’avais déjà une idée, je sais qu’il a toujours une réserve de carburant dans son bateau. Je sais aussi qu’une des plaisanteries favorites des garçons du collège à Brest est de mettre du sucre dans les réservoirs des mobylettes afin qu’elles tombent en panne. Je pense que c’est pareil sur un bateau, mais comme c’est plus gros, il doit falloir en mettre plus. !!?
Si j’ai honte de moi, de mon comportement, de mes pensées, je ne l’ai pas pour maman, je la comprends et je crois que j’aurais fait comme elle.
Je pense encore aux lettres que j’avais trouvées et qu’elle avait écrites à un homme. J’ai reconnue son écriture, je l’ai comparée avec celle des lettres qu’elle m’envoyait au collège.
Il n’y a aucun doute, ma mère a eu un amant, peut-être l’a-t-elle encore ? Si nous avions été heureuses, jamais je ne lui aurais pardonné, mais là, comment refuser le bonheur, l’amour ? Ce ne peut pas être du vice.
Ces lettres étaient sans enveloppes, toutes ensembles, avec un ruban. Sur la première, une page : A détruire après ma mort.
C’est donc qu’elle l’avait aimé très fort et qu’elle ne voulait pas détruire les lettres de son vivant, au risque que son secret soit découvert.
Parmi ces lettres, aucune photo, toutes commençaient par « mon petit oiseau des îles » invariablement. Les seules dates étaient les jours de la semaine avec l’heure.
Ma mère a des dons de poète, cela je l’avais remarqué il y a longtemps, souvent elle nous disait des phrases de mots tendres dans de doux monologues, c’était joli et harmonieux. Lorsque nous étions malades, Corinne et moi, c’était pour nous un plaisir d’entendre ses phrases et de recevoir ses caresses.
Je ne peux m’empêcher de penser « avait-il été malade ? L’a-t-elle soigné comme elle le faisait pour nous. »
Qui est cet homme ? Je n’aurai jamais le courage de le lui demander puisqu’elle veut l’emmener avec elle dans sa mort !
Il m’arrive encore de démonter le double fond de la commode pour lire ses lettres.
Je sais maintenant parfaitement exécuter cette manœuvre sans aucune difficulté et puis, lorsque ma chambre est fermée, j’ai le temps de tout cacher pour ne pas être surprise, surtout par mon père.
Quant à elle, je sais qu’elle ne pourra rien me dire, sinon trouver une autre cachette, mais je serai déçue car j’aime garder ce trésor, je suis la gérante, le garant.
Plus je les lis, plus je me dis, serais-je capable un jour d’écrire de si beaux poèmes à celui que j’aimerai ? Il m’est même arrivé de penser que j’aurais aimé avoir comme père cet homme qu’elle chérissait. Comment pourrais-je les unir ?
Est-ce que faire disparaître mon vrai père m’en ferait aimer un autre ? Et puis, cet autre père, a-t-il aussi des enfants, une femme ? Est-il tout simplement en vie ? Aime-t-il encore ma mère ? Car il a dû l’aimer pour qu’elle lui écrive d’aussi belles lettres commençant toujours de la première à la dernière par Mon petit oiseau des îles. Ce terme me rapprochait de ma mère.
Je me rappelle ses caresses, ses yeux brillants d’amour, la douceur de sa voix lorsqu’elle me disait : Tu es mon petit oiseau des îles. Qui suis-je dans ces moments là ? Lui à travers moi, moi à travers lui, ou un peu des deux à la fois ? De qui suis-je le fruit ? De cet amour ou tout simplement mon père ?
N’ayant aucune photo, j’ai beau me regarder des heures dans la glace, je ne peux savoir à qui je ressemble.
Maman m’est encore plus proche, je l’a connais un peu plus, ma chère mère, je sais son secret, je le partage un peu.
Ma seule tristesse, mon seul regret, c’est que dans ses lettres il y’en ait que pour lui comme si nous n’existions pas ou plus.
Que notre père y soit absent, je comprends, mais nous ses filles ?
Je ne me suis jamais aperçu qu’elle ne nous donnait moins d’amour pour en garder un peu plus pour lui. Elle avait donc le cœur si grand, si généreux ou est-ce tout simplement que l’amour donné ne se dose pas ? Que l’amour pour les uns n’enlève rien aux autres ? Que cela doit être beau d’aimer, je me sens vraiment jeune, trop jeune.
Mais elle me donne confiance, la force d’espérer et d’attendre pour être aimée.
Je pense à mes petits flirts de Brest, jamais je n’ai eu envie de leur écrire d’aussi belles choses, suis-je faite pour être aimée ? D’autant plus que mon père ne n’aime pas, mais est-il mon père ? Et si c’était l’autre, le petit oiseau des îles ? Pourquoi j’aime tant les oiseaux ? Y’a-t-il un rapport ?
J’aimerais me blottir dans ses bras pour qu’il me câline, pour qu’il me garde comme un bébé, j’ai encore envie d’être petite, même si je veux grandir vite. Et que c’est long de devenir adulte !
Je suis assise, il pleut toujours, son bateau se balance, mes idées sont confuses, mon horizon s’obscurcit, comme on dit, j’ai le blues, plutôt que de penser à choisir ses parents, si eux-mêmes pouvaient vraiment se choisir au fil de leur vie, voire nous demander notre avis, cela serait moins perturbant et multiplierait nos chances de mieux s’entendre avec eux et d’être plus heureux.
J’ai beau penser, je ne vois que cette solution, non, ce n’est pas possible, je ne peux pas être responsable de sa mort, c’est un crime, et puis comment faire sur cette île où le moindre geste ou la moindre allée et venue est remarqué ?
Je suis las et j’écris,
Je veux de l’amour
Je veux de l’amour
Mon caillou, je t’aime comme une folle
Garde-moi sur toi, avec toi
Oh continent, je ne veux pas que tu m’aime
Je ne veux pas que tu m’aime
Si je viens à toi
Rejette-moi, rejette-moi
J’ai peur de partir
Peur de ne plus te voir
Peur de l’absence
Peur du manque de mer
Peur du manque d’horizon
Mais aussi peur d’aimer, d’être ailleurs
Peur de moi
Peur de toi
Garde-moi, garde-moi
Je veux que tu m’aimes
Je veux que tu m’aimes
Je veux trouver cette force
Force d’aimer
Force de rester
Force de vivre
Je suis là à toi
Pour toi, pour moi
Que je reste sur l’île
Dans mon île
Mon Ouessant
Mon paradis.
Je sens le froid m’envahir, j’ai le cœur en larmes, la chaleur me quitte, je dois bouger, marcher et revenir chez moi car c’est mon chez moi malgré tout.
Le vent souffle toujours autant, il ne me donne aucun répit.
En repartant je remarque que je ne suis plus seule, une silhouette se dessine dans la lande, le vent me le fait entendre, elle semble crier ou appeler.
A-t-elle aussi le blues pour être dehors par un temps pareil ? Ceux qui s’aiment sont au chaud et ensemble, pas ici, ou alors c’est à n’y rien comprendre dans cette île de vent qui est obstacle à tout.
Dans le vent on se courbe, on ne marche plus, on reste chez soi et tout devient obscur. Lorsque c’est fini, on compte les jours et lorsqu’il est trop long à revenir, on se demande ce qu’il se passe, comme si il y avait quelque chose d’anormal.
Nos chemins font que la silhouette et moi marchons l’un vers l’autre. Maintenant, c’est clair elle appelle quelqu’un, mais qui ? Tout d’un coup, je reconnais Béatrice et j’ai compris, elle cherche son chat.
Elle est revêtue d’un ciré jaune de pêcheur, d’une coiffe en plastique transparent et d’une paire de bottes bleues de régatier. Son équipement pourrait lui permettre d’affronter tous les temps. Elle m’a reconnue et vient vers moi, avant même de dire bonjour, elle me demande
- Tu n’aurais pas vu ma chatte, celle qui a trois couleurs, la Néréos ? (1).
- Non, Béa.
- Ce n’est pas normal, elle n’est pas rentrée depuis hier soir, avec ce temps, elle est toujours à la maison d’habitude !..
(1) du nom du bateau le Néréo d’où une chatte s’est échappée et est arrivé sur l’île après son naufrage.
Aussitôt, nous pensons aux chasseurs de lapin ! Ceux du continent.
- Pourvu qu’ils ne l’aient pas tué ! me dit-elle, elle rajoute.
- Y’en a marre de ces pauvres mecs, pourquoi les font-ils venir ? S’ils confondent un lapin avec un chat ?!
Elle semble désespérée.
- Je n’arrête pas de chercher depuis ce matin et rien, rien, ce n’est pas normal, il s’est passé quelque-chose.
- Au revoir, si tu la vois, tu me téléphones, surtout, je continue…
Le cœur meurtri, je pleure de colère, de déception, de répulsion, de tristesse. C’est mon père et j’éprouve de la haine. J’ai pourtant envie de l’aimer, je ne demande que cela.
De plus en plus, j’ai des pensées de délivrance, je souhaite qu’il nous quitte, qu’il disparaisse de notre vie. Détester mon père est une idée qui m’est pénible, déroutante, cela me met mal à l’aise.
Si je ne peux l’aimer vivant alors je l’aimerai mort. Je suis face à la baie, son bateau est devant le corps-mort. Je n’ai pas osé dire à ma grand-mère mon idée de provoquer une panne afin qu’il ne rentre plus.
Ne pouvait-il être à la place de mon oncle, son frère ? Les seuls souvenirs que j’ai de lui sont de furtifs moments agréables. Son visage est devenu flou dans ma mémoire.
Leur chalutier de pêche la « Jeanne Gougy », en panne en pleine tempête, avait été drossé et renversé sur les roches noires près du cap Lizard. Seul le cuisinier protégait dans une poche d’air s’en était sorti au bout de trois jours, les sauveteurs avaient découpés la coque du bateau, tous les autres marins sont morts noyés, dont mon oncle.
Cette tragédie de la mer ressortait souvent dans les repas de famille. Je pense que si son bateau est pris dans le kensy par des vents de norois, il ne devrait pas survivre.
J’avais déjà une idée, je sais qu’il a toujours une réserve de carburant dans son bateau. Je sais aussi qu’une des plaisanteries favorites des garçons du collège à Brest est de mettre du sucre dans les réservoirs des mobylettes afin qu’elles tombent en panne. Je pense que c’est pareil sur un bateau, mais comme c’est plus gros, il doit falloir en mettre plus. !!?
Si j’ai honte de moi, de mon comportement, de mes pensées, je ne l’ai pas pour maman, je la comprends et je crois que j’aurais fait comme elle.
Je pense encore aux lettres que j’avais trouvées et qu’elle avait écrites à un homme. J’ai reconnue son écriture, je l’ai comparée avec celle des lettres qu’elle m’envoyait au collège.
Il n’y a aucun doute, ma mère a eu un amant, peut-être l’a-t-elle encore ? Si nous avions été heureuses, jamais je ne lui aurais pardonné, mais là, comment refuser le bonheur, l’amour ? Ce ne peut pas être du vice.
Ces lettres étaient sans enveloppes, toutes ensembles, avec un ruban. Sur la première, une page : A détruire après ma mort.
C’est donc qu’elle l’avait aimé très fort et qu’elle ne voulait pas détruire les lettres de son vivant, au risque que son secret soit découvert.
Parmi ces lettres, aucune photo, toutes commençaient par « mon petit oiseau des îles » invariablement. Les seules dates étaient les jours de la semaine avec l’heure.
Ma mère a des dons de poète, cela je l’avais remarqué il y a longtemps, souvent elle nous disait des phrases de mots tendres dans de doux monologues, c’était joli et harmonieux. Lorsque nous étions malades, Corinne et moi, c’était pour nous un plaisir d’entendre ses phrases et de recevoir ses caresses.
Je ne peux m’empêcher de penser « avait-il été malade ? L’a-t-elle soigné comme elle le faisait pour nous. »
Qui est cet homme ? Je n’aurai jamais le courage de le lui demander puisqu’elle veut l’emmener avec elle dans sa mort !
Il m’arrive encore de démonter le double fond de la commode pour lire ses lettres.
Je sais maintenant parfaitement exécuter cette manœuvre sans aucune difficulté et puis, lorsque ma chambre est fermée, j’ai le temps de tout cacher pour ne pas être surprise, surtout par mon père.
Quant à elle, je sais qu’elle ne pourra rien me dire, sinon trouver une autre cachette, mais je serai déçue car j’aime garder ce trésor, je suis la gérante, le garant.
Plus je les lis, plus je me dis, serais-je capable un jour d’écrire de si beaux poèmes à celui que j’aimerai ? Il m’est même arrivé de penser que j’aurais aimé avoir comme père cet homme qu’elle chérissait. Comment pourrais-je les unir ?
Est-ce que faire disparaître mon vrai père m’en ferait aimer un autre ? Et puis, cet autre père, a-t-il aussi des enfants, une femme ? Est-il tout simplement en vie ? Aime-t-il encore ma mère ? Car il a dû l’aimer pour qu’elle lui écrive d’aussi belles lettres commençant toujours de la première à la dernière par Mon petit oiseau des îles. Ce terme me rapprochait de ma mère.
Je me rappelle ses caresses, ses yeux brillants d’amour, la douceur de sa voix lorsqu’elle me disait : Tu es mon petit oiseau des îles. Qui suis-je dans ces moments là ? Lui à travers moi, moi à travers lui, ou un peu des deux à la fois ? De qui suis-je le fruit ? De cet amour ou tout simplement mon père ?
N’ayant aucune photo, j’ai beau me regarder des heures dans la glace, je ne peux savoir à qui je ressemble.
Maman m’est encore plus proche, je l’a connais un peu plus, ma chère mère, je sais son secret, je le partage un peu.
Ma seule tristesse, mon seul regret, c’est que dans ses lettres il y’en ait que pour lui comme si nous n’existions pas ou plus.
Que notre père y soit absent, je comprends, mais nous ses filles ?
Je ne me suis jamais aperçu qu’elle ne nous donnait moins d’amour pour en garder un peu plus pour lui. Elle avait donc le cœur si grand, si généreux ou est-ce tout simplement que l’amour donné ne se dose pas ? Que l’amour pour les uns n’enlève rien aux autres ? Que cela doit être beau d’aimer, je me sens vraiment jeune, trop jeune.
Mais elle me donne confiance, la force d’espérer et d’attendre pour être aimée.
Je pense à mes petits flirts de Brest, jamais je n’ai eu envie de leur écrire d’aussi belles choses, suis-je faite pour être aimée ? D’autant plus que mon père ne n’aime pas, mais est-il mon père ? Et si c’était l’autre, le petit oiseau des îles ? Pourquoi j’aime tant les oiseaux ? Y’a-t-il un rapport ?
J’aimerais me blottir dans ses bras pour qu’il me câline, pour qu’il me garde comme un bébé, j’ai encore envie d’être petite, même si je veux grandir vite. Et que c’est long de devenir adulte !
Je suis assise, il pleut toujours, son bateau se balance, mes idées sont confuses, mon horizon s’obscurcit, comme on dit, j’ai le blues, plutôt que de penser à choisir ses parents, si eux-mêmes pouvaient vraiment se choisir au fil de leur vie, voire nous demander notre avis, cela serait moins perturbant et multiplierait nos chances de mieux s’entendre avec eux et d’être plus heureux.
J’ai beau penser, je ne vois que cette solution, non, ce n’est pas possible, je ne peux pas être responsable de sa mort, c’est un crime, et puis comment faire sur cette île où le moindre geste ou la moindre allée et venue est remarqué ?
Je suis las et j’écris,
Je veux de l’amour
Je veux de l’amour
Mon caillou, je t’aime comme une folle
Garde-moi sur toi, avec toi
Oh continent, je ne veux pas que tu m’aime
Je ne veux pas que tu m’aime
Si je viens à toi
Rejette-moi, rejette-moi
J’ai peur de partir
Peur de ne plus te voir
Peur de l’absence
Peur du manque de mer
Peur du manque d’horizon
Mais aussi peur d’aimer, d’être ailleurs
Peur de moi
Peur de toi
Garde-moi, garde-moi
Je veux que tu m’aimes
Je veux que tu m’aimes
Je veux trouver cette force
Force d’aimer
Force de rester
Force de vivre
Je suis là à toi
Pour toi, pour moi
Que je reste sur l’île
Dans mon île
Mon Ouessant
Mon paradis.
Je sens le froid m’envahir, j’ai le cœur en larmes, la chaleur me quitte, je dois bouger, marcher et revenir chez moi car c’est mon chez moi malgré tout.
Le vent souffle toujours autant, il ne me donne aucun répit.
En repartant je remarque que je ne suis plus seule, une silhouette se dessine dans la lande, le vent me le fait entendre, elle semble crier ou appeler.
A-t-elle aussi le blues pour être dehors par un temps pareil ? Ceux qui s’aiment sont au chaud et ensemble, pas ici, ou alors c’est à n’y rien comprendre dans cette île de vent qui est obstacle à tout.
Dans le vent on se courbe, on ne marche plus, on reste chez soi et tout devient obscur. Lorsque c’est fini, on compte les jours et lorsqu’il est trop long à revenir, on se demande ce qu’il se passe, comme si il y avait quelque chose d’anormal.
Nos chemins font que la silhouette et moi marchons l’un vers l’autre. Maintenant, c’est clair elle appelle quelqu’un, mais qui ? Tout d’un coup, je reconnais Béatrice et j’ai compris, elle cherche son chat.
Elle est revêtue d’un ciré jaune de pêcheur, d’une coiffe en plastique transparent et d’une paire de bottes bleues de régatier. Son équipement pourrait lui permettre d’affronter tous les temps. Elle m’a reconnue et vient vers moi, avant même de dire bonjour, elle me demande
- Tu n’aurais pas vu ma chatte, celle qui a trois couleurs, la Néréos ? (1).
- Non, Béa.
- Ce n’est pas normal, elle n’est pas rentrée depuis hier soir, avec ce temps, elle est toujours à la maison d’habitude !..
(1) du nom du bateau le Néréo d’où une chatte s’est échappée et est arrivé sur l’île après son naufrage.
Aussitôt, nous pensons aux chasseurs de lapin ! Ceux du continent.
- Pourvu qu’ils ne l’aient pas tué ! me dit-elle, elle rajoute.
- Y’en a marre de ces pauvres mecs, pourquoi les font-ils venir ? S’ils confondent un lapin avec un chat ?!
Elle semble désespérée.
- Je n’arrête pas de chercher depuis ce matin et rien, rien, ce n’est pas normal, il s’est passé quelque-chose.
- Au revoir, si tu la vois, tu me téléphones, surtout, je continue…
Je la rassure comme je peux. A peine ai-je fini de parler
qu’elle est déjà partie.
Je pense en moi-même à leur erreur d’avoir introduit des
lapins sur l’île. Depuis, il y’en a des dizaines de milliers à tel point qu’il
faut faire venir des chasseurs du continent afin d’essayer d’en venir à bout.
Mais ces chasseurs là, pensent que nos chats sont errants alors qu’ils ne sont
qu’en liberté.
Sur notre île tous les animaux sont libres d’aller où bon
leur semble, leur grillage, c’est la mer.
Alors il est courant qu’ils tuent nos chats lorsqu’ils se
promènent dans la lande, et cela, malgré leur avoir demandé de changer de
comportement.
Mais c’est toujours pareil, rien n’a changé, ce n’est
pourtant pas malin de comprendre cela, d’autant plus, que même si les chats
tuent de jeunes lapins, cela n’en sera que mieux.
Je continue mon chemin, le jour baisse vite, c’est une
triste soirée d’octobre, la corne de brume se met à mugir de temps à autre.
En regardant le phare, je m’aperçois qu’il n’est pas encore
allumé. Autant la baie de Lampaul peut être charmante, autant elle peut être
triste voire même lugubre. L’horizon est gris, sans frontière, la pluie
battante est cinglante, le vent vous glace des doigts jusqu’au dos.
Décidément ce n’est pas ma journée, il y a des jours comme
ça !
Heureusement ma grand-mère va me préparer un bon et grand
café au lait dans sa Penn brao et Penn lous à la foi.
Qu’il est bon de penser à ce goût et à cette odeur en
marchant dans un tel déluge. J’imagine que cela doit être encore plus triste
pour les gens qui n’ont plus rien, comment peut-on vivre sans chaleur ?
J’arrive à la hauteur de le cale de Bougézen où seuls
quelques goélands piaillent, les canots sont montés, les corps-morts sont vide.
Dans les près, les moutons épars, semblent ignorer le temps,
il est vrai que leur épais manteau vaut bien mieux que nos effets.
Plutôt que de passer par Loqueltas, je longe la côte jusqu’au
fort de Trémuchou. Mes seules autres rencontres ont été avec des oiseaux ;
des craves à bec rouge, quelques alouettes, des pipits farlouses, enfin peu de
chose.
Avant de rentrer, j’ai encore pu observer quelques pouillots
véloces dans les tamaris. Heureusement que les oiseaux me permettent de me
changer les idées.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en entrant chez ma
grand-mère, j’aperçus Yann qui était là
- Mais que fais-tu là, tu n’es pas parti ?
- Si, mais je suis déjà revenu
- Et depuis quand es-tu sur l’île
- La fin de la semaine dernière
- Chez qui loges-tu ?
- Au camping
- Au camping ! et tu n’as pas froid ?
- Si, mais je n’ai pas vraiment le choix, vu mes finances
- Mais que fais-tu là, tu n’es pas parti ?
- Si, mais je suis déjà revenu
- Et depuis quand es-tu sur l’île
- La fin de la semaine dernière
- Chez qui loges-tu ?
- Au camping
- Au camping ! et tu n’as pas froid ?
- Si, mais je n’ai pas vraiment le choix, vu mes finances
Je ne réponds pas car quoi dire, que puis-je dire ?
Ils sont tous les deux assis à la table, je m’aperçois
qu’ils ont dégusté un flan, les ramequins sont vides, la boite de biscuits est
ouverte. Mamie me dit :
- Yann est là depuis une demi-heure, nous faisons plus ample connaissance.
- Et de quoi parlez-vous ?
- De l’écomusée du Niou, de Marianne Stephan, je lui explique que je suis triste de voir cette ferme devenir un musée, même si cela vaut mieux qu’une ruine ou qu’une résidence secondaire. Yann a été visiter le Niou et je lui explique mon île à cette époque et comme tu dis, ma chère Muriel.
- Yann est là depuis une demi-heure, nous faisons plus ample connaissance.
- Et de quoi parlez-vous ?
- De l’écomusée du Niou, de Marianne Stephan, je lui explique que je suis triste de voir cette ferme devenir un musée, même si cela vaut mieux qu’une ruine ou qu’une résidence secondaire. Yann a été visiter le Niou et je lui explique mon île à cette époque et comme tu dis, ma chère Muriel.
Elle me regarde fermement en disant cela.
- Mon égoïsme de voir persister mon île la plus authentique possible avec les chemins d’antan.
- Mon égoïsme de voir persister mon île la plus authentique possible avec les chemins d’antan.
Je la coupe pour lui dire :
- Je suis sûre que Yann n’est pas d’accord avec toi !
- Et alors, mes idées valent bien les vôtres.
- Je suis sûre que Yann n’est pas d’accord avec toi !
- Et alors, mes idées valent bien les vôtres.
Elle poursuit
- Pour quel besoin d’aller si vite, alors que toute la vie productive s’éteint à petit feu et inéluctablement. Pourquoi transformer tous les petits chemins en route ? Si ce n’est pour aller plus vite en voiture et à l’abri.
- Pour quel besoin d’aller si vite, alors que toute la vie productive s’éteint à petit feu et inéluctablement. Pourquoi transformer tous les petits chemins en route ? Si ce n’est pour aller plus vite en voiture et à l’abri.
Yann dit :
- Cela pourra peut-être permettre de relancer autre chose
- Cela pourra peut-être permettre de relancer autre chose
- - Et quoi ? dit-elle.
- - Je ne sais pas vraiment ! Repris Yann.
Après un silence, elle continue.
- Ayant connu la vie de la grande ville, je ne suis pas revenue ici pour vivre cela. Bien que ne voulant pas imposer aux autres mes choix, j’ai toujours l’idée obsédante en moi de ne pas trop perdre ce qu’a été ma jeunesse heureuse, malgré la dure vie de travail des champs.
Après un silence, elle continue.
- Ayant connu la vie de la grande ville, je ne suis pas revenue ici pour vivre cela. Bien que ne voulant pas imposer aux autres mes choix, j’ai toujours l’idée obsédante en moi de ne pas trop perdre ce qu’a été ma jeunesse heureuse, malgré la dure vie de travail des champs.
Ni Yann, ni moi n’avons répondu. Je suis un peu comme elle.
La soi-disant relance de l’île sert souvent de prétexte pour faire aboutir des
projets destructeurs pour le paysage, comme une thalassothérapie à Porz doun.
J’explique à Yann nos combats où nous avions été tous
ensemble contre ces projets et contre celui de la basse d’hélicoptères de
combat.
Notre discussion a duré fort tard, il faisait déjà nuit.
Je suis partie avec Yann. Maman m’avait appelé au téléphone.
Nous avons fait un long chemin ensemble. Il ne pleuvait plus, le phare balayait
la nuit sur nos têtes. Les rayons s’éclataient en enfilade sur les pans des
maisons.
Nous n’avions pas besoin d’éclairage pour voir notre chemin,
la nuit sur Ouessant a quelque chose de magique et de féerique.
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